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20.9.08

Deux cent quarante-trois cartes postales en couleurs véritables (13)

"Ce matin mon oeil est sûr d'avoir aperçu, sur sa trajectoire vers le grille-pain, un cheveu flottant à la surface du thé au lait. Lorsque le regard revient fixer le bol, il a disparu. Les cheveux coulent, donc ? Je bois à petites gorgées, lèvres serrées, en louchant dans le cercle de porcelaine. Lorsque le fond apparaît, il n'y a pas de cheveu, juste une calligraphie japonaise, heisei, qui veut dire calme, paix, sérénité, et qui aujourd'hui me le dit de très près."
Béatrice Rateboeuf. Heisei.
Aujourd'hui, c'est depuis Kôbe que je vous envoie une des dernières cartes de l'été. A Kôbe, où le mot heisei prend tout son sens.

Nous faisons le Sénégal. Fatigués mais enthousiastes. Le seul problème, c'est la bouffe. Avons visité une plantation de bananes. On sera à Paris le 30.

13.9.08

Deux cent quarante-trois cartes postales en couleurs véritables (12)


Tous les matins, le soleil s'éveille dans mes draps.
Avant de le rejoindre sur le balcon, j'attends que le thé infuse et je prépare le plateau du petit déjeuner.
A la théière, au tofu ou au gâteau du jour, j'ajoute un livre.
Celui du moment est une masse de 500 pages joyeusement intelligentes : Ma haie d'Emmanuel Hocquard.

Vous l'avez compris, il est encore de saison, ici, de vous poster une carte postale de vacances. Mais, au rituel message d'amitié de Georges Perec, je joins un extrait des pages du balcon.

"Contrairement aux jeunes renards, par exemple, les petits d'homme et les petits choucas ont ceci en commun qu'ils ne savent pas peindre de naissance. Tout comme les petits choucas, les petits d'homme sont obligés d'apprendre à peindre, de même qu'ils doivent apprendre à parler, à écrire, à tenir une fourchette et à lacer leurs chaussures. Faute de quoi, ils restent niais toute leur vie.
Il semblerait, de prime abord, que dans la distribution des caractères innés, la nature ait nettement défavorisé les petits d'homme et les petits choucas. La nécessité où ils se trouvent de presque tout devoir apprendre après leur naissance peut apparaître comme un sérieux handicap, générateur d'une considérable perte de temps, que déplorait déjà René Descartes. En outre, à cette première inégalité de départ vient s'en ajouter une autre : alors que les jeunes brochets nagent tous de la même manière sans avoir pris de cours de natation, que les poulets du monde entier traversent les routes sans regarder dès qu'ils sont en âge de le faire, que tous les ours volent spontanément du miel, les petits d'homme et les petits de choucas non seulement sont condamnés à acquérir leur savoir à la sueur de leur front mais leurs efforts ne sont pas forcément couronnés par les mêmes lauriers. Autrement dit, tout apprenti peintre ne devient pas Caravage.
Naître petit d'homme ou petit de choucas comporte cependant quelques avantages. Ces avantages peuvent se résumer par la même vigoureuse formule : tout apprenti peintre ne devient pas automatiquement Caravage. Parce que les petits hommes et les petits choucas jouissent, dans l'exercice de leurs facultés intellectuelles et sensibles, d'une liberté qui semble faire défaut aux poulets et aux ours."
Emmanuel Hocquard. Ma haie.

On vadrouille dans les îles grecques. Qu'est-ce qu'on se tape comme oursins ! Les gens sont vachement gentils avec nous. Youpi ! Et dire qu'il va falloir rentrer !

7.9.08

Deux cent quarante-trois cartes postales en couleurs véritables (11)

"Essayez d'écrire une lettre correctement, vous verrez, je connaissais quelqu'un qui, un jour, dans un cas assez grave, séparation violente, divorce à la clé, deuil inattendu, etc., rédigeait à l'avance sur papier les messages téléphoniques difficiles.

Les marges, les repentirs prévus, les dérives encadrées, un pas de plus il en faisait un livre."

Olivier Cadiot. Retour définitif et durable de l'être aimé.

Si l'été vous parait déjà loin,

si vous n'avez pas la chance de recevoir la chronique émouvante et illustrée d'un voyage au soleil,

Alors, en association avec Georges Perec, je vous envoie une carte postale estivale.

Dernières nouvelles de Doubrovnik. On bronze. On mange des chevapchitchi. J'ai fait de la poterie. On revient le 12.

31.8.08

Deux cent quarante-trois cartes postales en couleurs véritables (10)


Je ne sais pas vous mais moi, dans ma boîte aux lettres, j'ai trouvé des nouvelles sportives

et un inventaire très juste de ma vie estivale !

(Sans compter une lettre aux stickers fantaisistes. Sans compter une chronique du sable, des notes de plage que j'espère un jour recevoir)
Si vous n'avez pas la chance d'avoir un neveu et une nièce pleins d'humour, des amis qui ne vous oublient pas, un(e) amoureux(se) qui aime l'encre et le papier... Je vous adresse une carte postale de Georges Perec. Ca ne console pas mais c'est toujours ça.

On arpente l'Oregon. Sites admirables. Nourritures de trappeurs. Les Amerloques sont des gens au poil. Baisers.

23.8.08

Deux cent quarante-trois cartes postales en couleurs véritables (9)

(Où est le bureau des réclamations ??? Oui, j'ai fait le voeu de "samedis de pluie" mais pas seulement... Alors pourquoi seul le début de ma phrase est exaucé ???)


La météo fait parfois bien les choses : la pluie ne commence pas à tomber avant que j'aie pu faire des provisions de bouche et je guette les premières gouttes en buvant du Pu Er et en grignotant mon sandwich chaud.

Plus tard, je prends le train jusqu' ICI et je mange des dangos au sésame noir.

C'est donc en dégustant des produits régionaux que je vous adresse cette carte de Georges Perec...

Nous vadrouillons à travers la Corse. Longues siestes et dégustation de produits régionaux. On grossit. Mille pensées.

17.8.08

Deux cent quarante-trois cartes postales en couleurs véritables (8)

J'ai acheté des cahiers et un pain aux figues et je suis rentrée avant le début du typhon.

"A Liré, elle vivait étendue dans un petit salon mauve et jonquille, aux murs ornés de livres précieux. Elle était la dernière des bibliophiles : elle n'avait jamais coupé les pages des précieux grands papiers enfermés dans les bibliothèques aux grilles d'or.
-Les beaux livres, disait-elle en fermant à demi les yeux, ne se lisent pas, mais se respirent comme des fleurs...
Sur une petite table, à côté d'elle, était toujours posé un Shakespeare, édition de poche, relié de daim gris. Elle ne l'ouvrait jamais mais, lorsqu'elle descendait au jardin, on entendait sa voix plaintive, appelant la femme de chambre :
-Juliette, mes gants, mon ombrelle et mon Shakespeare..."
Irène Némirovsky. La Proie.

Puis, les premières gouttes sont tombées, derrière la moustiquaire. Des gouttes lourdes et sonores. Les cigales se sont tues. Et tout l'appartement a été envahi du parfum estival de la terre mouillée.
Alors j'ai continué à lire en attendant la fin de l'averse pour aller chercher une glace au macha.
Et moi, pour qui partir en voyage consiste seulement, en ce moment, à faire des tours de Yamanote... je vous envoie tout de même une carte de vacances signée Georges Perec.

On est logés à l'Engadiner. Service très stylé. Bouffe copieuse. Je surveille mon estomac. On revient la semaine prochaine.

10.8.08

Deux cent quarante-trois cartes postales en couleurs véritables (7)


C'est un dimanche tranquille. Un souffle de vent sèche le drap et agite doucement la feuille de washi devant ma fenêtre. La note de pamplemousse du thé des Fakirs répond à celles de Shubert égrenées par Valéry Afanassiev. Je relis ses lettres comme pour la première fois.
Et, à vous, j'adresse une nouvelle carte postale signée Georges Perec.

On est à l'hôtel de France. Bouffe et service impecc. Je lis Proust. Bises.

4.8.08

Deux cent quarante-trois cartes postales en couleurs véritables (6)

"Ils étaient de ceux qui tiennent pour essentiel la joie de recevoir une lettre. Ils étaient de ceux qui pouvaient la partager."
Yoko Ogawa. La marche de Mina.
Pourvu que vous soyez de ceux-là, vous à qui j'adresse cette carte postale de Georges Perec.

Nous avons posé nos sacs à dos près de Raguse. On se dore au soleil. Bouffe correcte. J'ai quand même réussi à perdre deux kilos. On pense à vous.

27.7.08

Deux cent quarante-trois cartes postales en couleurs véritables (5)

"J'ai jeté et j'ai regretté. On regrette toujours d'avoir jeté à un certain moment de la vie. Mais si on ne jette pas, si on ne se sépare pas, si on veut garder dans le temps, on peut passer sa vie à ranger, à archiver la vie. C'est souvent, que les femmes gardent les factures d'électricité et de gaz, pendant vingt ans, sans raison aucune que celle d'archiver le temps, d'archiver leurs mérites, le temps passé par elles, et dont il ne reste rien."
Marguerite Duras. La vie matérielle.

J'ai jeté les factures, j'ai gardé les cartes postales, le courrier reçu. Dans un carton en France, il y a toutes ces missives. D'amour ou d'indifférence, d'espoir ou de politesse... J'ai tout gardé. Y compris lorsque le nom qui les a signées m'est devenu presque inconnu.
Je reçois moins de cartes. Je persiste à les garder. Je persiste à vous en envoyer, signées Marguerite ou Georges.

On est au Motel Yoyo. Télé en couleur et tout ! Terrible ! Baisers à tous.

19.7.08

deux cent quarante-trois cartes postales en couleurs véritables (4)

"Cher René,
oui, je comprends et je suis avec vous. La vérité est qu'il faut rencontrer l'amour avant de rencontrer la morale ou sinon, les deux périssent.
La terre est cruelle : ceux qui s'aiment devraient naître ensemble. Il n'y a pas d'issue sinon la chance, l'éclair ou la douleur.
Je fais des voeux, les voeux les plus chaleureux et j'appelle la chance sur vous.
A bientôt avec toute mon affection."
Albert Camus. Lettre à René Char.

J'emprunte les mots de Camus en plus de ceux de Perec pour dire que je pense à vous.

Nous traversons Quiberon. Douce inaction. On mange très bien. Je prends un peu de ventre. Baisers à vous.

14.7.08

Deux cent quarante-trois cartes postales en couleurs véritables (3)

"Les lettres sont les chambres, les promenades, les conversations de l'absence. Elles contiennent parfois une vie idéale."
Louise de Vilmorin. Histoire d'aimer.


Si 365 fois par an, j'en retirais le bleu du timbre qui m'est si cher, je continuerais à sourire sans me lasser en ouvrant ma boîte aux lettres. 

Nous campons près de Monastir . Grand soleil. C'est divin. Je pèle. Baisers.

(Et pour une autre forme d'hommage aux cartes postales de Georges Perec, vous pouvez cliquer ici.)

5.7.08

Deux cent quarante-trois cartes postales en couleurs véritables (2)


Un grand bonjour de Xérès. Chambre très confortable. Repas soignés. J'ai repris deux kilos. On rentre le 22.

29.6.08

Deux cent quarante-trois cartes postales en couleurs véritables (1)

Quelle que soit la photo choisie, quels que soient les mots écrits, ce rituel social et estival qu'est la carte postale ne contient toujours qu'un seul et même message : je pense à vous, je pense à toi.

Partant de ce principe là, j'ai acheté, une certaine année, de jolies vues un peu usées parmi celles dont regorgent les rayons d'Emmaüs. Et nous avons recopié, sur leur dos, des textes de Georges Perec, issus de Deux cent quarante-trois cartes postales en couleurs véritables. Ces textes n'avaient rien à voir avec nos vacances mais nous ont permis de dire, comme avec nos propres mots : je pense à vous, je pense à toi.

Relisant ces cartes dans L'infra-ordinaire, je me souviens de cet été-là et de nos quelques jours de vacances à la montagne.
Et, pour célébrer le premier week-end de congé des juilletistes Français qui fait écho à un dimanche de pluie-sans-discontinuer ici, j'inaugure une petite série d'été et vous envoie une première carte postale en couleurs véritables afin de dire, avec les mots de Georges Perec : je pense à vous, je pense à toi.
Vacances à Narbonne. Calme divin, cassoulet maison. Un peu de pétanque pour garder la ligne. Baisers.