11.10.06

La nuit de l'oiseau à ressort

Nous avions rendez-vous à Naka-Meguro que ni elle ni moi ne connaissions.

Nous avons déambulé dans les rues,

monté des escaliers en quête de terrasses,

regardé les gâteaux, les bols de ramen en regrettant de ne pas avoir faim,

aimé deviner les ambiances derrière les rideaux des restaurants, des bars,

aperçu un chat qui faisait sa toilette, au fond de l'allée bordée de machines à laver, devant le temple,

parlé des poissons morts du matin,

de l'amour et des rencontres,

et, pour finir, nous avons choisi de nous asseoir parmi les fleurs,

celles dont le parfum embaume toute la rue,

c'était comme bavarder chez le fleuriste.
Toute cette partie de la nuit, l'oiseau à ressort a chanté, a remonté le temps pour lui permettre de passer plus lentement.
La lune nous veillait, entre les nuages.
Au retour, son sourire sur le quai alors que moi, je restais dans le train.

10.10.06

Des petits cailloux blancs qu'on sème pour retrouver son chemin à la nuit tombée



Elles m'ont dit de tourner tout de suite à gauche après la voie ferrée, de suivre le petit cours d'eau jusqu'au parc et que ça serait beau. Et ça l'était.
Dans le parc, je n'étais pas seule. Mais j'étais heureuse qu'il y ait autant de gens qui ne travaillaient pas aujourd'hui, qui n'étudiaient pas non plus, qui n'avaient rien d'autre à faire que venir profiter du soleil, de faire des remous sur l'eau en riant dans un pédalo en forme de cygne, de pique niquer entre amis sur une bâche bleue, de manger une glace au marron ou à la patate douce, d'égrenner quelques notes sur une guitare...
Ou de lire.
L'handicapé dans son fauteuil derrière mon banc, les gens qui se sont succédés sur celui de droite... Tous avaient un livre. Je me suis demandé lequel et dans quelle réalité ils étaient...

Moi, j'étais page 156 de Tout ce que j'aimais de Siri Husvedt.
"Nous fabriquons des histoires, après tout, à partir des matériaux sensoriels fugaces qui nous bombardent à chaque instant, suite fragmentée d'images, de conversations, d'odeurs, et le contact des objets et des gens. Nous en effaçons la plus grande partie afin de vivre dans un semblant d'ordre, et ce ramaniement de la mémoire se poursuit jusqu'à notre mort".

J'avais 15, 16 ans, sur la plage à Rochefort. Et je m'étais arrêtée de marcher. M'étais dit que je décidais de garder ce moment en mémoire toute ma vie. C'est dimanche, vingt ans après, à Tokyo, qu'il a resurgi.
Ces journées ici dans lesquelles je suis si présente, ces bruits de talons sur les pierres du chemin, ces deux petits qui se tiennent par la main en criant à tue-tête こんにちは comme s'ils venaient de découvrir
ce mot, le fouillis des rues de Nakano, les parfums qui s'échappent des restaurant corréens, ces conversations que je ne comprends pas (que j'espère ne jamais comprendre afin de toujours pouvoir m'isoler, continuer à tout voir sans "être là")... Je sais que tout ceci m'est cher, ne sera pas remanié, restera brut et vivace dans ma mémoire jusqu'à ce qu'un mot, une odeur viennent l' exhumer, un jour. Peut-être dans vingt ans, ailleurs qu'à Tokyo.

Tuesday self portrait




Radiohead dans la tête.

9.10.06

C'est lundi

Quand il fait beau comme ça, il est tentant de transformer un cul de sac en salon de coiffure.

Un salon de coiffure avec boissons à volonté,

salle d'attente confortable avec princesses en liberté

et, même, petit atelier de bricolage !

Puis aller subir plus que choisir de la musique à Yoyogi.

Manger un onigiri après les puces du parking de Meiji.
Avant que le froid et la nuit tombent d'un coup. A Shinjuku.


Aujourd'hui, jour férié pour cause de fête du sport. Les pneus gonflés, je réinvente le vélo dans les rues de Tokyo ! Merci Monsieur Be !

8.10.06

Ce matin, les nuages filaient aussi vite que dans les films de Gus Van Sant.

Aussi, je n'ai pas pris mon vélo.

Dans cette allée où je ne suis pas souvent, le soleil caressait doucement ma nuque et je me suis dit "vivement les sakuras". Parce que je sais combien c'est beau à cet endroit.
Pourtant, je sais aussi que, au moment où les sakuras sont en fleur, j'ai une écharpe autour du cou.

J'allais au Canal Café.
Les parents de Mélanie sont au Japon et, aujourd'hui, ils sont rentrés à l'intérieur du blog !

Nous avons un peu parlé de la France. St Avertin et Rochefort sont des mots qui assemblent des images très précises dans mes souvenirs. De ces souvenirs qui, maintenant je le sais, me resteront à vie.
Juste après leur départ, ça m'a fait sourire, il y a eu une version ascenseur d'un air des Demoiselles de Rochefort.
Etre Française au Japon ne me fait oublier ni ma vie ni Jacques Demy.

(Un caillou dans le coeur depuis un an, dont le poids ne varie pas. Je ne l'oublie pas non plus.)

7.10.06


Aujourd'hui,
j'ai mangé du pain au curcuma. Et du gâteau à la poire et à l'Earl Grey. Et c'était bon, mais bon.
j'ai laissé sonner le réveil deux fois avant de me lever. Pourtant, dans mon lit, il faisait froid.
j'ai porté mes cheveux longs avec la sensation d'être anonyme alors que j'étais dans des rues que je ne connaissais pas, où personne ne pouvait me (re)connaître.
j'ai entendu le mot "belle" dans une phrase me concernant. Ce n'est pas courant. J'ai fait semblant de rien.
je me suis aperçue que je n'avais pas lu l'étiquette du paquet que j'ai acheté : c'est du café au caramel, pas du thé. (ça intéresse quelqu'un ?)
je me suis dit qu'il fallait que je cesse d'espérer recevoir du courrier si je n'en écris pas moi-même... (mais j'aimerais quand même)
j'ai ressenti ce fameux vertige des jours d'après typhons, quand le ciel est bleu et immense et qu'il donne l'illusion que tout est possible, que tout peut arriver, forcément.
j'ai vu un homme se masturber au 3ème étage, dans l'escalier d'un immeuble qui surplombe le passage piéton. J'ai été suprise.
j'ai franchi le seuil du magasin à l'instant où les Beatles ont commencé à y chanter "yellow submarine".
j'ai pensé qu'avoir assez d'eau chaude pour se laver les cheveux et prendre sa douche, ça pouvait être la moindre des choses.
j'ai battu la mesure avec mon pied dans le train : il n'y avait pas de place pour danser mais je l'aurais volontiers fait (dans les oreilles Un jour en France de Noir Désir)
je n'ai pas ri autant que d'autres samedis. Mais plus que certains mardis.
je suis passée devant le fleuriste avec l'envie de rapporter une pleine brassée à la maison (mais je n'ai pas de vase).

Et puis, en fin de soirée : vivement demain...

6.10.06

100%

10月6日(金)


最高気温(℃)[前日差]
21 [ 0 ] 最低気温(℃)[前日差]
--- [ --- ]
降水確率(%) --- --- 100 90
時間帯(時) 0-6 6-12 12-18 18-24
風: 北の風後東の風23区西部では東の風強く
波: 1.5メートル


ça peut paraître un peu obscur à certains d'entre vous !!! Mais c'est les prévisions météo de la journée.
(je viens de voir la carte satellite chez les Itadakimasu !)
Il est donc dit qu'entre midi et 18 heures, ça sera pluie à 100%. C'était la même chose avant midi.
Un temps à rester chez soi, demander à Nina Simone de se charger de la bande son, boire du thé toute la journée et... manger une mousse tofu-patate douce.
C'est bizarre de, tout à coup, se dire que, s'il manque un des ingrédients dont on a envie, la journée ne sera pas aussi réussie qu'elle pourrait l'être... Or, j'ai des patates douces mais plus de tofu soyeux.
Qu'à cela ne tienne, je sors.
Alors, 100% de pluie, ça signifie de l'eau qui tombe par seaux entiers, sans un seul interstice. Un bloc de pluie, en quelque sorte.
N'empêche ! Après avoir mis du journal dans mes chaussures, essoré mon pantalon, mis des chaussettes plus chaudes, fait chauffer l'eau...
Je mange ma mousse tofu-patate douce, je bois du chai et Nina Simone chante Just in time.
100% de satisfaction !!!!

4.10.06

Urbaine


Comment se lasser de Tokyo ???

C'est une ville de legos !

Où fourmillent les points de vue,

les occasions de vertige,

ou de sensations de liberté...

Un peu comme à la proue d'un bateau (j'imagine)...

Et où abondent les occasions d'indiscrétions.

Des silhouettes en kimono,

un jardin japonais caché

et les chaussures du jardinier.

La nuit aussi


La nuit aussi est noire et blanche. Et parfois, mais pas souvent et jamais longtemps, le bout du quai est désert.

La nuit est douce et donne des envies de somnambule.

Alors, plutôt que de rentrer directement, je longe les murs du cimetière.


Je réalise que jamais auparavant je n'avais habité dans une ville aussi peuplée d'humains. Mais jamais non plus dans un lieu aussi peuplé d'insectes. Les grillons de l'automne sont aussi bavards que les cigales estivales.

Et les canalisations imitent les ruisseaux.

Une nuit à la campagne. Et, au loin comme un sémaphore, l'hôtel Cosmo.

3.10.06

Tuesday self portrait


Jour de lessive en noir et blanc.

2.10.06

360°

De n'importe quel balcon, il est impossible, ici, d'oublier qu'on est à Tokyo.
Parce que, où que l'on pose les yeux, il y a toujours un séchoir à pinces.

Un filet anti-corbeau sur les poubelles.

Un teckel à poils longs en promenade.

Un appartement éclairé au néon.

Des lampadaires de n'importe quelle couleur mais jamais gris.

Des distributeurs de boissons.

Des fils enchevêtrés où s'empêtre la vue.

Des réservoirs d'eau sur les toits.

Et ces toits, justement, si japonais...
Voilà Tokyo. Pas démesuré. Pas spectaculaire.
Tokyo au coin de la rue.

1.10.06

Mon meilleur ami

Je me souviens que je l'ai rencontré un jour de pluie qu'il avait transformé en jour de fête.
Une rencontre essentielle. De celles qui n'arrivent que rarement dans une vie. Et on le sait, ça, quand on le vit.
C'était donc un jour de pluie dans les rues d'Orléans. Et depuis, ça a été partout ailleurs.
Ami fidèle et bienveillant, qui a assisté à mes erreurs et à mes échecs mais qui était là aussi le jour de mon mariage et les soirs de fous rire... Endurant stoïquement mes délires capilaires, mes diversement heureux changements de styles, me soutenant lors de mes entretiens d'embauche, restant objectif en toute occasion...
Un ami indéfectible.

Seulement voilà, parfois ça arrive, on n'accorde plus la même attention aux anciens compagnons, on est attiré par la nouveauté, piqué de curiosité vis à vis des inconnus et on s'invente des trahisons qui n'existent pas pour justifier l'infidélité qu'on commet... Je l'ai délaissé mais en gardais la nostalgie, ne parvenais pas à le remplacer aussi justement. Les autres ne me connaissaient pas aussi bien, ne me pardonnaient pas tout, étaient moins indulgents...

Alors aujourd'hui, je suis sortie avec lui. J'attendais le bon jour. Ce matin il faisait beau, une belle journée de fin d'été. Et, alors qu'il m'accompagnait vers la gare, j'ai retrouvé sa présence discrète mais qui me rend capable de certaines audaces. Je n'ai plus pensé à lui pendant la journée et puis, ce soir, dans l'espèce de moiteur de l'air du soir, en passant devant la salle de boxe, tout à coup, je l'ai senti et me sont revenus certains souvenirs précis et diffus à la fois. J'avais tout à coup la sensation que toutes celles que j'avais été en sa présence, aussi différentes avaient-elles été, aussi maladroites ou sûres d'elle-même en alternance... La sensation que toutes les images que j'avais voulu donner de moi s'assemblaient soudainement, s'emboîtaient enfin parfaitement et que, à cet instant précis et grâce à lui, j'étais définitivement moi-même...

Aujourd'hui, je me suis (à nouveau) parfumée avec Bel Ami d'Hermès.
(merci papa !)