13.1.07

Empty sea


Ce matin, en me hâtant vers la gare, je me dis que ça suffit comme ça, que nos vies ne sont pas des brouillons, qu'on ne peut pas se permettre d'en chiffonner des journées avant de les lancer dans le panier...
Je me dis que, de ces journées que je commence à reculon (deux pas en arrière), il y a bien quelque chose à sauver, un moment à encadrer...

Aujourd'hui, il y a eu :
-tant de personnes qui s'obstinent à peser sur ma poitrine dans le train et m'empêcher de respirer librement.
-les heures qui s'enchainent et la lumière qui décline pendant ce temps et le moment où on se dit que plus vite il fera nuit plus vite ça sera fini. Lorsqu'on sait qu'il faut capituler pour continuer.

mais aussi :
-sa voix dans le téléphone, mêlée à celle qui annonce les stations. J'écoute ses projets de la journée : scanner des photos, trouver une galette des rois dans la ville... je l'imagine dans sa maison que je sais ensoleillée le samedi matin.

et, au retour, au rez de chaussée :
-une carte mi-cake mi-muffin d'Angleterre.
-un dvd en plus du journal habituel (L'embrasement est un film pertinent et sans jugement sur les émeutes de novembre 2005).

puis :
-un mail sur mon téléphone (et j'ai été surprise de voir que c'était lui qui m'écrivait).
-une chanson en pièce jointe et je la remets quand elle s'arrête.
-des photos de l'usine de compostage.

Toute seule, je n'y arriverais pas. Merci.
Mais demain il fait beau et c'est dimanche. Ouf.

"-Dis donc, tu ne dînerais pas quelque part avec moi ce soir ?
elle secoua la tête.
-Non, désolée, ce soir je suis prise.
-Et demain ?
-Demain, j’ai un cours de natation.
-Un cours de natation ? répétais-je, puis je souris. Tu savais que dans l’Egypte ancienne il y avait des écoles de natation ?
-Non. Ce n’est pas vrai, je parie.
-Mais si, c’est vrai. J’ai dû faire des recherches là-dessus une fois pour un boulot.
Mais ça ne m’avançait à rien que ce soit vrai ou pas.
Elle regarda sa montre et se leva.
-Bon, merci, fit-elle, puis elle se glissa par la porte entrebaillée exactement comme elle était entrée. Ce fut le seul mérite de cette journée. Un détail. Mais sans doute que dans l’Egypte ancienne les gens passaient leurs journées en y découvrant de minuscules raisons de se réjouir. Ils vivaient ainsi, et puis mouraient. Ils apprenaient à nager, fabriquaient des momies. Et c’est cette accumulation de petits détails qu’on nomme civilisation." Haruki Murakami. Danse danse danse. Ed. du Seuil.

12.1.07

Gachis du temps de cerveau disponible

La nuit était froide et noire puis elle fut courte, jolie et... inattendue.
Et, dans un demi sommeil : "et qu'est-ce que tu fais, toi, demain ?"
Je ne savais pas encore.
Et le temps a passé. A vouloir tout et son contraire : profiter encore un peu de la chaleur du lit mais aussi sortir marcher. Lire mais aussi écouter la radio...
J'ai fini par ne rien faire du tout.
Jusqu'au moment de prendre le train que j'ai attendu pendant une heure sur le quai parce qu'il venait d'y avoir un tremblement de terre.
Il y a des journées qui sont de vrais gaspillages.
Aussi idiotes qu'une porte laissée grande ouverte un jour d'hiver, aussi inutiles qu'une lumière qu'on oublie d'éteindre dans un appartement désert...

Le soir, je rentre enfin, il est temps qu'on soit bientôt demain... Et, dans la nuit, je croise ces hommes qui, comme tous les vendredis, ont abusé du coktail fatidique : moitié alcool moitié fatigue et qui marchent les yeux fermés. Quand je les croise, je chante avec Lou Reed "take a walk on the wild side".
Porter une jupe donne envie de danser.

11.1.07

La disparition


Bientôt, je pourrai faire mieux que Pérec : après le e et le s, le d, le c et le l sont en train de s'effacer de mon clavier.
Bientôt, je pourrai réinventer l'alphabet.

Je me souviens d'avoir acheté un bloc de papier recyclé de couleur et d'avoir remarqué un petit a d'imprimerie, égaré dans le bleu d'une des feuilles.
Il m'avait donné l'impression d'écrire sur un palimpseste, ajoutant mes mots à l'histoire du papier.

10.1.07

Fragments des morts

A quoi ça tient, d'où ça vient ?
C'est peut-être parce que, dans la maison de mes parents, le téléphone était dans l'entrée, la pièce la plus sonore et ouverte, qui ne permettait aucune intimité.
C'est peut-être un résidu de la timidité qui, lorsque j'étais enfant, m'emprisonnait, me faisait taire.
C'est peut-être parce que, pour moi, la parole s'accompagne du regard, parce que les émotions sont aussi au fond des yeux.
...
J'ai toujours écrit. Des lettres fleuves à mes amis. Des romans feuilleton à mes amoureux. Coller un timbre sur une enveloppe, c'était, pour moi, davantage m'engager que de laisser se perdre mes mots le long des cables téléphoniques. Je sais me figurer le voyage d'une lettre. Je n'ai toujours rien compris au fonctionnement d'un satellite.
Je ne sais pas ce qu'est devenu tout ce papier noirci (verdi aussi puisque, à défaut d'écrire de la poésie, j'écrivais en vert à une période de ma vie). Je crois que tout le monde n'accorde pas au courrier toute la valeur sentimentale que moi j'y mets et beaucoup de mes lettres ne doivent plus exister à présent.
...
Je reste persuadée que les militaires ont inventé l'internet pour mon usage. Me permettant l'immédiateté du téléphone et me fournissant encore un moyen de contourner avec l'écrit l'usage du combiné.
Mais, à la première occasion, je retrouve le papier, de manière aussi à connaître l'écriture de mes amis. Leur regard est important mais leur tracé sur une feuille aussi.
...
Au Japon depuis un an et demi, je ne téléphone toujours pas. Ou peu. Je ne connais pas la voix du petit c. qui, un jour prochain, prononcera des phrases.
Et pourtant : "un coup de fil vaut une visite" disait ma grand-mère. Et c'est ma mère qui me l'a rappelé, lors d'une conversation téléphonique. Ce jour-là, j'étais sur un trottoir, assise à Harajuku. Elle était dans le bureau, là où est le téléphone, à présent. 10000km et 8 heures de distance. Oui, c'est vrai, c'est magique et j'avais l'impression d'y être. Mais.
...
Aujourd'hui, de retour du café sous le ciel toujours bleu. Je mets de l'eau dans la bouilloire, allume l'ordinateur et, parce que je sais que Ludovic Degroote passait du jour au lendemain sur France Culture, j'écoute la radio.
...
Un an et demi que je n'ai pas entendu la voix de Ludovic et à ses premiers mots, je suis au bord des larmes.
...
Ce jour-là, à l'Arbre à Lettres, invité par Pierre et Katrine, Ludovic lisait Pensées des morts et moi, je faisais connaissance tout à la fois de sa voix, de ses mots, de son regard et j'ai été touchée quand sur mon, son livre, il a écrit quelques mots à l'encre. C'était les premiers mots que nous échangions. Il y en a eu tant d'autres.
...
Aujourd'hui, en écoutant Ludovic parler des morts, de ses morts, m'est revenu aussi l'un des derniers soirs de notre vie française. Un soir dans son jardin où nous étions réunis et où seule notre amitié aurait pu nous contenter mais où la douceur de l'air, le vin, la bonne cuisine étaient aussi de la partie. Un soir qu'on savait être le dernier avant longtemps. Mais qui, maintenant nous le savons, a été le dernier. Un soir que n'importe quel voyage en avion, au milieu de l'été, ne fera jamais revivre.
...
Aujourd'hui, le ciel de Tokyo n'apaise pas ma peine, n'adoucit pas les bleus que j'ai au coeur.

"Je crois qu’en mourant j’ai laissé quelque chose qui ne m’appartenait plus. Quelque chose que je n’ai jamais dit ni même raconté ni même cherché à exprimer, mais qui a constamment été là, fait de fragments, de bribes, de bouts, auxquels les limites déterminées par mes dates de naissance et de décès donnent, sinon un sens, du moins une espèce d’unité. En mourant il me semble avoir abandonné quelque chose qui ne m’appartenait pas, dès le début, quelque chose qui au fond faisait que je n’étais même pas le début, qu’il n’y avait pas de commencement mais une simple inscription dont la complication provenait de ce que je cherchais à lui fournir un sens et une unité. Un peu comme lorsqu’on entre quelque part, on laisse son manteau au vestiaire, et puis, à la fin, quand on repart, on le reprend; ça n’est pas ça qui donne du sens à la visite, ça en indique juste l’heure." Ludovic Degroote. 69 vies de mon père . Ed. Champs Vallon.

9.1.07

Tuesday self portrait



"Non, je ne me souviens plus du nom du bal perdu, ce dont je me souviens c'est qu'on était heureux les yeux au fond des yeux. Et c'était bien. Et c'était bien."

8.1.07

Les filles de 1986

Cette fois, ça commence au café.
Certains cafés de la ville sont aussi enfumés que pouvaient l'être les cafés français du 20ème siècle.

Ici, non. Et j'y lis la presse française (merci Muriel) avant de descendre à la rivière.

Sur le chemin, je m'arrête au cimetière.

A autant aimer ces endroits, à autant aimer me prélasser au soleil, je me dis qu'il doit y avoir du sang de chat en moi.

Sur les bords de l'edogawa, il y a, dans le ciel, une guirlande en forme d'oiseaux,


en forme de joueurs de babyfoot aussi, un peu.

Et, plus loin, j'ai soudain l'impression d'être dans une carte postale.



J'habite un pays où les jeunes filles en fleur ont toutes 20 ans en même temps. Et c'est aujourd'hui. Les kimonos ont éclos au soleil.

7.1.07

Possible sky


Au réveil, il y avait non seulement des traces de pas dans la neige mais aussi le sourire du chat du Sheshire (merci Jenny).
Ce dimanche matin avait la saveur sucrée de la figue et le thé le parfum des loups (merci Flo).
Le ciel, par la fenêtre, avait sa couleur invariable. Et le vent soufflait en tempête.

Une matinée dans mon oeuf. Et, plus tard, des miettes de muffins et la voix de Meredith Monk.
Plus tard encore, des tasses de chai chez la fée Clochette. Elle m'a manqué. Pendant que nous déroulions nos trois semaines à 10000km de distance, le vent est tombé et ses paupières se sont fermées.
Dans le train, tout contre moi, deux étudiants que l'alcool rendait joyeux. Ils comptaient en français. Jusqu'à trois. Et quand j'ai continué, ils se sont tournés vers moi avec un regard aussi admiratif que si je réussissais un exploit en comptant jusqu'à dix dans ma langue natale...
Les lumières de mon quartier ne concurrencent pas les étoiles et, cette nuit, elles brillent comme une colonie de lucioles.

6.1.07

Je voudrais vivre dans un oeuf


R. s'était mis en tête d'apprendre le Bateau Ivre de Rimbaud.
Seulement, si ce projet lui restait en mémoire, les vers, eux, s'échappaient au fur et à mesure.
Il décida alors de prendre des extraits de ginko biloba, réputés pour favoriser la mémoire.
Et il put se souvenir du Bateau Ivre.
Mais pas seulement.
Il put se souvenir de tout.
Des conversations qu'il avait entendues dans le métro, à la boulangerie. Des slogans des affiches publicitaires. De la couleur du pull du client le précédant à la caisse. Du numéro du bus qu'une femme qui courait n'avait pas réussi à attraper.
Il devint saoul de souvenirs. Arrêta le ginko biloba. Et oublia le poème de Rimbaud.

Le samedi matin, notre institutrice affichait sur le tableau une peinture abstraite que son mari avait réalisée. Nous écrivions, de manière totalement libre, tout ce qu'elle nous inspirait. C'était les moments que je préférais de toute la semaine.
Le jour où nous étions allés visiter la boulangerie à la Bolière, j'étais rentrée chez moi avec une baguette. Parce que nous n'en mangions jamais à la maison. Ma mère avait dit : "tu aurais pu choisir un pain au lait".
Nous avions fait pousser des patates douces.
J'avais appris que l'eau bouillait à 100° à la faveur d'un exercice de français.
Laurent était amoureux de Cécile, pas de moi.

Je me souviens de beaucoup de choses de l'école primaire.
Mais je n'ai pas la moindre idée de ce que, à cette époque, j'ai appris en histoire, en géographie...

J'ai une mémoire aléatoire. La tête emplie de ce qui, jamais, n'est utile.

Aujourd'hui, samedi de pluie. Je m'éveille bien avant que vibre mon téléphone. Je voudrais rester ainsi, sous ma couette, dans cet état particulier des minutes offertes parce qu'on n'est pas encore sensé y vivre, parce qu'on devrait encore être en train de dormir. Et ces instants sont plus précieux que le sommeil.

Je voudrais vivre dans un oeuf.

C'est souvent, lorsque, par avance, la journée me décourage, que me reviennent ces mots.
Le titre d'un poème appris à l'école primaire.

Je me souviens du dessin dont je l'ai illustré, sur mon cahier de poésie.
Je me souviens de l'élève dont je partageais la table, ce jour-là.
C'était juste après la récréation que nous avions recopié le poème et je me souviens de l'odeur de la classe quand on y pénétrait après la pause.

Mais je ne me souviens ni du nom de l'auteur, ni d'aucun autre vers que celui qui revenait comme un refrain :

JE VOUDRAIS VIVRE DANS UN OEUF.

5.1.07


Se faire la belle de Fox River, s'échapper du Château d'If...
Je ne suis pas sûre, quant à moi, d'avoir plus de chance que Steve Mc Queen.
Alors je fais des exercices de respiration pour passer cinq heures en apnée.

Je recommencerai à vivre plus tard.

(Ma cellule est à Jiyugaoca, si vous me faites porter une brioche, surtout, n'oubliez pas la pioche.)

4.1.07

Un jeudi en hiver


Peut-être vous lasserez-vous bientôt du ciel de Tokyo et déserterez-vous ces pages.
Mais j'aime la vie en bleu de l'hiver.

Ce bleu piscine qui donne aux journées des airs de fête.

Et sait transformer les jours de repos en grandes vacances.



Aujourd'hui, il y a eu :
-un rendez-vous auquel j'étais en retard.

-un curry au poulet et une serveuse qui parlait français.
-un white mocha latte (même si je n'avais pas commandé ça) et un article de Libération aperçu sur une table voisine.
-des considérations sur le mariage.

-des nouvelles d'amis proches qui habitent loin (10000km, maintenant je sais).
-l'évocation du 72 rue Jean Bart.

-la découverte de deux quartiers.
-des lectures à haute voix.
-un distributeur de cigares et des Craven A achetées pour plus tard.

-quelques kilomètres à pied.
-des considérations sur le divorce.
-les miaulements d'un chat qui n'a pas envie d'aller chez le vétérinaire.
-les lumières de Shibuya dans la nuit.
-et aussi cette phrase, pendant que je prenais la photo :

"mange, c'est bon, c'est des morceaux de ton père."

3.1.07

Japan Is An Island (the Spinto Band)

Ceux qui ont reçu un mail sauront qu'il a été écrit là.

Quand je sors, la lumière est claire et froide.

Les lampions incitent à l'ivresse, aux coudes serrés sur un comptoir, aux verres qu'on ne sait plus compter.

Mais ce n'est pas l'heure.
Je reviendrai.
Peut-être.

Devant chez le coiffeur,

il y a un miroir.

Mais je regarde ailleurs.
Je pense à autre chose.

De toute façon, c'est l'heure du thé et je rentre.

Si vous voulez me rejoindre, suivez la voie du tram et c'est à droite après le soleil couchant.


(Pour écouter le titre.)

2.1.07

Tuesday self portrait


Quand je dis que, chez moi, il n'y a pas de rideaux aux fenêtres, on me dit : "mais alors tout le monde peut te voir !"
C'est vrai.
Mais tout le monde, c'est qui exactement ?
Tout le monde, à Tokyo, vit derrière des vitres brouillées ou d'épais rideaux tirés même pendant la journée.
Et puis ?
Et puis : ni princesse au petit pois, ni belle endormie de Kawabata, ni invitée chez Sophie Calle.
Si d'aventure, quelqu'un tenait vraiment à regarder chez moi, il me verrait dormir sous 4 kg de couette, effectuer 82 abdominaux puis disparaître sans toujours ranger le linge pourtant sec, juste fermer le lit défait. Et revenir à la nuit tombée, allumer les lumières et ne pas réussir à me coucher très tôt...
Qui n'a pas assez de sa vie pour s'encombrer de la mienne ???

1.1.07

L'image fantome (2)

Le thé est chaud. Les muffins sont prêtes. Syd Matters s'occupe de la B.O. Le temps est libre.
Je vais à la bibliothèque, choisir un livre.

C'est aussi là que sont rangés mes albums photos. Et, au passage, j'en ouvre un.
C'est à ça que ça sert, les albums : à les regarder de temps en temps. Par surprise sortir les clichés de leur sommeil, réveiller les souvenirs de l'instant où ils ont été pris.
J'ai du mal à tourner les pages : les photos sont collées entre elles. Mais celles-ci se détachent sans trop de dommages.

Trois albums sont perdus.

Celui de Kyoto reste obstinément clos.

Je me souviens de ce moment passé dans le temple, assis sur le bois dans l'air tiède, face au jardin immobile et silencieux. Comme si ça allait toujours être comme ça. Comme si la vie au dehors allait finir par s'arrêter tandis que nous resterions là, à regarder le vent rider l'eau. Comme si ça pouvait être aussi simple que ça.

Et, en fait, non.

31.12.06

L'image fantome


« Ce qui a déclenché l’écriture, c’était le regret de photos ratées en fait, de photos que je n’ai pas pu faire, de photos qui se sont révélées invisibles, fantomatiques et donc j’ai essayé d’écrire pour retrouver le sentiment que j’avais voulu donner avec ces photos. J’essaye de photographier les gens que j’aime bien ou de faire des photos quand je suis en voyage, un peu comme tout le monde, mais je suis plutôt mauvais technicien donc je rate beaucoup de photos, et j’ai essayé souvent, enfin par l’écriture, de rattraper ce que je n’avais pas réussi avec la photo. » Hervé Guibert


Elle m'a couru après.
Lui, il a pris la photo.
Il m'enviait mon Leica. Je lui enviais son Polaroïd.
Nous avons appuyé sur le déclencheur en même temps. On souriait tous les deux.

Pendant que l'image apparaissait, j'ai appris qu'elle allait partir en France le mois prochain.

Je n'étais pas sur la photo. Un ciel bleu entrecoupé de fils électriques. Un immeuble dans le ciel qu'aucun de nous n'a reconnu parmi ceux qui nous entouraient.

J'ai repris la pose.

Les contours tardaient à apparaître : le froid ralentit le développement.
Où ça ? A Paris.
Il voulait m'offrir ce cliché et en reprendre un autre pour eux.

J'ai posé une autre fois.
Combien de temps ? Sept jours. Et elle a compté jusqu'à sept en français.

La deuxième photo restait telle quelle pendant que les couleurs de la troisième montaient normalement.
Il était gêné que je reparte avec le cliché pâle.

Mais moi, ça me faisait plaisir d'être une image fantôme.

Pour 2007, je vous souhaite d'être humains, terriblement humains et sensibles aussi. Je vous souhaite de rire mais de pleurer aussi. Et de laisser une trace aussi jolie que possible dans la vie des autres.

30.12.06

Un quart de la Yamanote


Mes samedis ont, décidément, à voir avec la Yamanote. D'habitude : à bord du train, à bord de ma fatigue, j'absorbe le soleil de ces matins lumineux et chaque nom de gare me donne envie de descendre et aller explorer les rues avoisinantes.

Alors, aujourd'hui, je prends mon vélo et longe la voie. De loin, de près, au gré des impasses.

J'ai l'impression de passer de l'autre côté du décor, voir enfin ce que je ne peux pas apercevoir les autres jours.

Je me laisse dériver et fais la mise au point de mon regard sur des détails, rien que des détails.

Sugamo, Tabata, Nippori, Nishi-Nippori... En passant devant chaque gare, je parodie pour moi-même la voix de machine qui annonce l'arrêt sur le quai. Et je sais enfin l'envers de ces stations.

Pour une fois, j'arrive à Yanaka par le cimetière et découvre de nouvelles rues du quartier. Une petite foule s'y presse. C'est les congés de fin d'année, les enfants sont excités et les achats seront bientôt de dernière minute.

En passant de temple en temple, me fiant au seul hasard pour avancer, je réalise que, en effet, à force de faire le pitre en cours, je ne connais pas le pays de neige à 10000 km d'ici. Mais je connais Tokyo comme ma poche. C'est à dire que je sais d'avance ce que je vais y trouver et, pourtant, je peux encore être surprise par un détail inattendu ou oublié.

Quand je ne vivrai plus ces surprises, il sera temps de partir. Et je le ferai.

En attendant, pas encore lassée, je remplis le ventre de mon Lumix, presse la détente de mon Leica.

Je profite des palmiers qui sont comme des bouquets de fleurs dans le ciel d'un bleu sans fausse note.

Et, aujourd'hui, je décide d'inclure un être humain au paysage urbain ! C'est vrai quoi ! Cette ville compte une douzaine de millions d'habitants mais je la photographie toujours comme si elle était déserte...

Arrivée à Ameyoko, il est temps de rebrousser chemin : trop de monde et pas envie d'être parmi les autres. Pas envie du bruit des voix dans les hauts parleurs qui canalisent la foule tranquille. Pas envie des odeurs de poissons.

Alors je remonte à vélo et, plutôt que de rentrer par le même chemin, emprunte une route qui trace une parfaite diagonale jusqu'à chez moi. Le soleil est bas et aveuglant. J'ai, soudain, hâte d'être devant un thé fumant.

Au supermarché, je fais des petites provisions d'aliments blancs : tofu, yaourt, oeufs, farine. Les légumes et les fruits sont déjà à la maison.

Par hasard, la bande son du jour est un ancien album de Keren Ann. "Faire cent mètres au paradis et revenir ici, chaque jour est le même et ne se ressemble pas. Je cours après les taxis, je cours après ma vie. Si un roi me fait reine, je ne vivrai plus tout ça."