Empty sea

Ce matin, en me hâtant vers la gare, je me dis que ça suffit comme ça, que nos vies ne sont pas des brouillons, qu'on ne peut pas se permettre d'en chiffonner des journées avant de les lancer dans le panier...
Je me dis que, de ces journées que je commence à reculon (deux pas en arrière), il y a bien quelque chose à sauver, un moment à encadrer...
Aujourd'hui, il y a eu :
-tant de personnes qui s'obstinent à peser sur ma poitrine dans le train et m'empêcher de respirer librement.
-les heures qui s'enchainent et la lumière qui décline pendant ce temps et le moment où on se dit que plus vite il fera nuit plus vite ça sera fini. Lorsqu'on sait qu'il faut capituler pour continuer.
mais aussi :
-sa voix dans le téléphone, mêlée à celle qui annonce les stations. J'écoute ses projets de la journée : scanner des photos, trouver une galette des rois dans la ville... je l'imagine dans sa maison que je sais ensoleillée le samedi matin.
et, au retour, au rez de chaussée :
-une carte mi-cake mi-muffin d'Angleterre.
-un dvd en plus du journal habituel (L'embrasement est un film pertinent et sans jugement sur les émeutes de novembre 2005).
puis :
-un mail sur mon téléphone (et j'ai été surprise de voir que c'était lui qui m'écrivait).
-une chanson en pièce jointe et je la remets quand elle s'arrête.
-des photos de l'usine de compostage.
Toute seule, je n'y arriverais pas. Merci.
Mais demain il fait beau et c'est dimanche. Ouf.
"-Dis donc, tu ne dînerais pas quelque part avec moi ce soir ?
elle secoua la tête.
-Non, désolée, ce soir je suis prise.
-Et demain ?
-Demain, j’ai un cours de natation.
-Un cours de natation ? répétais-je, puis je souris. Tu savais que dans l’Egypte ancienne il y avait des écoles de natation ?
-Non. Ce n’est pas vrai, je parie.
-Mais si, c’est vrai. J’ai dû faire des recherches là-dessus une fois pour un boulot.
Mais ça ne m’avançait à rien que ce soit vrai ou pas.
Elle regarda sa montre et se leva.
-Bon, merci, fit-elle, puis elle se glissa par la porte entrebaillée exactement comme elle était entrée. Ce fut le seul mérite de cette journée. Un détail. Mais sans doute que dans l’Egypte ancienne les gens passaient leurs journées en y découvrant de minuscules raisons de se réjouir. Ils vivaient ainsi, et puis mouraient. Ils apprenaient à nager, fabriquaient des momies. Et c’est cette accumulation de petits détails qu’on nomme civilisation." Haruki Murakami. Danse danse danse. Ed. du Seuil.























































