13.8.09
12.8.09
11.8.09
10.8.09
9.8.09
Les courriers de l'été (7 : les jours sans)
"Je me réveille et je pense à toi et te sens, je m'endors et je pense à toi et te sens, le jour passe avec le travail et les réalités qui m'absorbent, et je pense à toi et te sens, à tout moment, dans chaque activité, toujours tu es là. Je crois que c'est comme ça depuis des années et des années déjà, certes pas avec cette force et cette nécessité, mais c'était là en quelque sorte de façon latente, à la limite de la conscience. Maintenant c'est le centre, le centre ou plutôt le noyau à partir duquel tout le reste devient simplement possible. Le reste, le reste est possible : je peux vivre, et je vis avec la souffrance, avec la nostalgie. Je ne sais pas où cela peut mener. Je me demande souvent comment mes excès peuvent être supportables pour toi, pour nous, pour moi. Je suis presque sûre que partager le quotidien nous serait presque insupportable. Je connais mes limites et mes difficultés, et j'ai été amenée à sentir les tiennes, je sens tes limites même maintenant à travers ton silence.
Mais il doit bien y avoir une certaine forme de réalité que nous puissions partager. Je crois, je sais que mon besoin de toi, au-delà de toute faim, au-delà de ma soif de toi -qui est là et profondément là-, mais au-delà de ça, je crois, je sais, j'espère aussi, qu'il y a beaucoup de choses -tournées vers toi-, une grande capacité de donner, de me tenir à tes côtés, d'éprouver avec toi -par-delà mon besoin et mon vouloir-, une manière d'être là pour toi."
7.11.1969
Lettre de Ilana Shmueli à Paul Celan
J'ai mis du temps à aimer les dimanches. Le temps que leurs soirées ne soient plus associées aux devoirs non faits, aux leçons non sues puis, plus tard, aux copies pas encore corrigées.
Mais, toujours, les dimanches ont le goût des journées imparfaites, des journées privées de l'espoir de recevoir du courrier.
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8.8.09
Les courriers de l'été (6 : le poulet roti)
Paris le 21 janvier 1930
Chère Madame,
Non, je ne suis pas fâché, non plus malade. Je suis mal tourné, voilà tout, ce qui m’arrive souvent. Dans ces moments-là tout me déplait : la vie, les autres, moi-même encore plus. Je suis tout entier au seul vrai plaisir que je connaisse : grogner contre tout, envoyer tout au diable, me ficher de tout, n’avoir qu’un désir : silence, et seul. Si vous voulez le savoir, c’est mon état d’esprit le plus général. Je lui dois de grandes jouissances, si drôle que cela puisse vous paraître.
Il faut vous résigner : ne comptez pas sur moi. Aucun rapport avec l’état d’esprit ci-dessus. Mais vous me gâtez trop. L’habitude me manque, et le loisir, pour me donner ainsi des distractions. J’ai passé ma vie enfermé, retiré. Le pli est pris, sérieusement. Comme il s’accorde avec mon caractère, aucun espoir de changement. Songez aussi que je n’ai à moi que mes soirées. Il me faut me les garder comme j’ai toujours fait. Là-dessus je transigerai encore moins. Vous croyez me séduire en me parlant de la société de eux jolies femmes ? Je n’aurais pas les raisons que je vous expose que vous m’en donneriez là une fameuse. Je ne suis plus à l’âge auquel on accourt se montrer aux jolies femmes. Je suis à l’âge auquel on se cache d’elles. A regret, certes, mais sagement.
(…)
Vous avez été charmante de m’adresser vos vœux. Je suis, au moins sur ce point, un être privilégié. A cette époque de l’année, je n’ai ni visites à faire ni à recevoir, ni lettres à écrire ni à lire.
Paul Léautaud. (Lettre à Mme Benjamin Crémieux)

Madame,
après vous, je me suis obstinée dans ce schéma qui m'en a fait connaître d'autres, des femmes comme vous.
J'ai, en effet, persisté un moment à tomber amoureuse de garçons dont la première des qualités n'était pas la réussite scolaire.
C'était un fait avéré et, pourtant, vous sembliez le découvrir.
Peut-être était-il pratique -bien qu'à mon avis, très malhonnête- de me tenir, moi encore adolescente, pour responsable d'une situation que vous et votre mari appeliez "échec".
Si vous avez été la première, vous n'avez donc été ni la seule ni la pire.
L'une d'entre elles méconnaissait le programme de philosophie et pour cause : son fils n'était pas destiné à passer en terminale un jour. Au lieu de m'être reconnaissante de la culture générale que je lui permettais d'avoir, elle m'avait rangée du côté du diable parce que je lisais Sartre...
Je ne regrette en rien les moments que j'ai vécus avec votre fils mais ne regrette pas davantage de ne pas l'avoir épousé.
Car alors, il aurait fallu régulièrement aller manger chez vous le dimanche midi, vous complimenter sur la cuisson du poulet et tâcher d'oublier que seule mon écriture difficile à déchiffrer avait préservé de votre lecture indiscrète et soupçonneuse les lettres que je ne vous avais pas adressées.
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7.8.09
Les courriers de l'été (5 : la fille sur le pont)
"Je me réjouis de la publication à l'étranger de Pays de neige et de Nuée d'oiseaux blancs. Même les Américains sont loin d'être des imbéciles, et je pense qu'ils comprendront ce qu'il y a à comprendre. Est-ce que ce ne sont pas plutôt les Européens, avec leur rigidité d'esprit, qui manquent de souplesse pour appréhender la littérature japonaise ?
(...) Avez-vous lu Etude à propos des chansons de Narayma, ce livre dont on parle beaucoup en ce moment ? C'est un roman écoeurant, à vous donner des cloques, le simple fait de toucher le numéro de Chûô Kôron dans lequel il est paru me dégoûte, il paraît qu'il va bientôt être porté à l'écran, mais il n'est pas question que je passe devant les salles de cinéma où il sera projeté : une littérature comme celle-là, bonne à provoquer des nausées, je trouve que c'est un peu un manquement aux règles.
(...) Tandis que j'écris cette lettre, un chat de près de 4 kilos dort sur mes genoux, il est aussi lourd qu'un haltère.
A l'approche des premiers froids, surtout prenez bien soin de votre santé."
15 décembre 1963. Lettre de Mishima à Kawabata.
(photo de Pays de Neige)
Cher E.,
et quand bien même serait-on curieux de le savoir, il ne serait pas aisé de demander à un amour ancien, croisé par hasard et pour la première fois depuis tout le temps passé à ne plus l'aimer: "qu'as-tu fait de mes lettres ?"
Au moins toi, tu le sais. Et tu as pu imaginer la scène de la jeune fille aux cheveux mi-longs, la jeune fille en colère qui, depuis le milieu du pont, a jeté un à un tous tes serments dans le Cher.
Que s'était-il passé dans sa vie ce soir-là ?
Le sac était-il prêt à être jeté depuis quelques jours ou avait-elle consacré le dimanche entier à faire table rase de son passé ?
J'ai oublié son prénom et je ne l'ai jamais connue.
Quand bien même aurait-elle été debout devant moi, dans la boulangerie que je ne fréquentais que les jours de paresse car c'était la plus proche mais qu'elle sentait mauvais, comment l'aurais-je su ?
Dans la rue Lamartine, les maisons étaient basses mais un an n'était certainement pas suffisant pour en croiser tous les habitants.
Je n'ai donc jamais su qui elle était.
Mais ce dimanche soir, revenant d'Orléans, mon sac empli de provisions et de linge propre me sciant l'épaule, j'avais vu la poubelle éventrée, répandue sur le trottoir.
J'avais posé mon sac, rangé les produits frais puis étais ressortie, avais ramassé quelques enveloppes qui portaient son adresse.
S'étaient-elles fâchées ? Etaient-elles encore intimes ? Avaient-elles une chance de se croiser, un jour, rue Lamartine, rue Rambuteau, rue Erasme ou ailleurs dans le monde et que son amie lui demande : "qu'as-tu fait de mes lettres ?"
J'en ai quelques unes, seulement quelques unes.
Je ne les ai pas jetées. Dans l'une des enveloppes il y a une photo. Un homme jeune, les mains menottées.
De quoi commencer une enquête, en somme.
C'est une anecdote que tu connais, bien sûr. Mais peut-être l'avais-tu oubliée ainsi que la boulangère à l'air revêche et aux croissants décevants. Autant que ceux de la boulangerie des géants.
Mais ça c'est une autre histoire et nous en parlerons peut-être demain.
Je t'embrasse, à demain.
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6.8.09
Les courriers de l'été (4 : la carte postale du jeudi)
"-Je ne vous demande pas de m'envoyer la moindre carte postale, dit-elle.
-Je n'en écris jamais, répondit-il. C'est lassant."
André Dhôtel. Un soir...
Heureusement, Madame Gâ n'est pas de cet avis. Et c'est sans se lasser qu'elle m'écrit et que je lui réponds dans la boîte aux lettres de nos jeudis.
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5.8.09
Les courriers de l'été (3 : la riboulade)
Paris, 13 février 1946
Menu.
Potage Germiny paillettes.
Saumon de la Loire Impératrice.
Cœur de filet strasbourgeoise Pommes Maxim’s.
Pointes d’asperges nouvelles en salade.
Soufflé glacé à la royale.
Petits fours.
Fruits.
Jean chéri,
Il y a sans doute une discrétion très louable dans cette façon de nous recevoir. Quand les grands se font petits, ils font bien les choses. Etant petite, je n’en ai pas tant au service de mes amis. Néanmoins, pour citer un mot de feu mon père (encore un coup de feu dirons-nous) : « Tous les piques ne valent pas un pique-nique. » C’est pourquoi je suis d’accord avec toi. Déjeunons sur l’herbe, mangeons quelques bons petits produits de chez nous, langues de truites et millet. Je n’ose en parler à mes voisins, l’un est pris au laceau des notes, et de la note, et l’autre pense à se déboutonner. Dînons en plein air de notre musique, à trois, Nora, toi et moi. Diana ne payera pas un rond. Je me charge d’emporter vaisselle, verres et argenterie. Compte sur moi. A toi de tout cœur.
Louise.
Correspondance de Louise de Vilmorin et Jean Cocteau
Chère R.,
cela pouvait paraître exagéré de s'écrire en plus de se voir plusieurs fois par semaine alors que, après tout, seulement quelques kilomètres nous séparaient. Mais depuis le début de notre vie et jusque là, seul le couloir entre nos chambres nous avait éloignées l'une de l'autre...
De quoi parlaient nos lettres si ce n'est de nos lectures, des musiques que nous écoutions, de nos amours... Les tiennes contenaient également des descriptions de plats en conserve qui n'avaient jamais franchi le seuil de la maison familiale... Ce n'est qu'à la fin de nos vies étudiantes que nous avons commencé à échanger des recettes de cuisine et planifié le menu des fêtes qu'on passait ensemble...
Si une raison ou une autre nous rendait célèbres, il faudrait prévoir quelques volumes pour l'intégrale de notre correspondance car ce n'est finalement qu'à la naissance de tes enfants que nous avons quasiment renoncé au courrier, lui préférant l'immédiateté des mails. (Mais je ne peux pas leur en vouloir puisqu'ils m'envoient, à présent, des dessins drôles et dédicacés !)
Cartes postales de tes étés, petits mots d'encouragement pour m'aider à surmonter mon adolescence ou plus longues "bafouilles" comme tu appelais tes lettres... Je garde tout à disposition de ton biographe...
Quelques missives, cependant, me font défaut... En effet, lorsque nous habitions au Parvis de la Treille, nous avions très régulièrement des problèmes de courrier. Le journal quotidien auquel nous étions abonnés ne nous parvenait qu'irrégulièrement et tu me parlais de lettres que tu m'avais envoyées que je ne recevais pas. J'avais de grandes raisons de soupçonner la factrice d'être cleptomane car une fois, un de tes envois m'était parvenu... sans son enveloppe ! Ce qui m'avait aussi stupéfaite que le jour où on m'avait volé mon antivol sans toucher à mon vélo !
Un jour qu'E. était particulièrement excédé, il avait téléphoné à la poste comme cela lui arrivait régulièrement de le faire pour réclamer. Il était outré en raccrochant : le postier avait prétexté un tremblement de terre pour écourter la conversation ! On avait pensé que l'heure était grave si nos interlocuteurs commençaient à user de mensonges improbables pour éviter de rechercher les causes de notre problème récurrent... Mais, le soir, nous avions entendu à la radio que, en effet, pour une raison inconnue, les tours qui abritaient la poste de la ville avaient été évacuées après qu'une secousse avait été ressentie !
A présent, j'habite dans un pays sujet aux tremblements de terre où le facteur est assez aimable pour déchiffrer mon adresse écrite dans un alphabet qui ne lui est pas si commun et j'espère qu'un de ces jours il déposera dans ma boîte une carte de tes vacances.
Je t'embrasse. 
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4.8.09
Tuesday self portrait (Les courriers de l'été 2 : la lettre d'amour)
Le 3 juin 1977.
et quand je t'appelle mon amour, mon amour, est-ce toi que j'appelle ou mon amour ? Toi, mon amour, est-ce toi que je nomme ainsi, à toi que je m'adresse ?
quand je t'appelle mon amour, est-ce que je t'appelle, toi, ou est-ce que je te dis mon amour ? et quand je te dis mon amour est-ce que je te déclare mon amour ou bien est-ce que je te dis, toi, mon amour, et que tu es mon amour. Je voudrais tant te dire
Le 3 juin 1977.
et toi, dis moi
j'aime toutes mes appellations de toi et alors nous n'aurions qu'une lèvre, une seule pour tout dire
de l'hébreu il traduit "langue", si l'on peut appeler cela traduire, par lèvre. Ils voulaient s'élever sublimement pour imposer leur lèvre, l'unique, à l'univers. Babel, le père, en donnant son nom de confusion, multiplia les lèvres, et c'est pourquoi nous sommes séparés et que moi je meurs à l'instant, je meurs d'envie de t'embrasser de notre lèvre la seule que je veuille entendre
Jacques Derrida. La carte postale. 
Mon amour,
ce que ne disent pas les livres d'histoire, c'est que Monsieur Morse avait rencontré une jolie blonde quelques jours avant d'inventer son alphabet, que le premier pigeon voyageur a été dressé par l'amant d'une belle au mari jaloux, que Madame Bell était sourde mais avait une très jolie voix que son mari, en fréquents voyages d'affaires voulait pourtant entendre et que QWERTYUIOP, le 1er mail envoyé par Ray Tomlinson, était un code convenu pour signifier à sa fiancée qu'il était fou d'elle.
Je suis persuadée que c'est l'amour qui fait créer de nouveaux moyens de communication. L'amour et le manque.
Quant à moi, privée d'adresse où libeller une enveloppe à ton nom, je dédie une semaine à la correspondance pour pouvoir te dire ici combien je t'aime.
Oui, je t'aime tant.
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3.8.09
Les courriers de l'été (1 : les pays lointains)
Kobenhavn, den syttenden oktober (en réalité septembre)
Cher Monsieur Queneau,
On fait ici des études de la langue étrangère. Mais le plus fort c’est que la bibliothèque publique de Malmö possède Zazie in French. Ça m’en a de coins bouché deux.
Je vous espère très bien rentrés de Cerisy et vous présente, et à Madame Queneau, mes meilleures amitiés.
André Blavier
Chère F.,
tu m'écrivais de Tanzanie, tu me racontais qu'un jour, vous aviez stoppé net et étiez descendus de la voiture avec beaucoup de précautions pour vous approcher un peu plus de la lionne qui allaitait ses petits au milieu de la route.
Tu m'avais écrit également que des Massaï assistaient à tes cours et j'avais imaginé une rangée de garçons torse nu, munis de boucliers et de lance, debout et attentifs au fond de la salle...
Il faut dire que je ne voyage pas et que je n'ai pas la télévision aussi ma vision du monde est parfois archaïque ! Quand il est question de l'équipe de foot égyptienne, par exemple, j'ai du mal à penser à ses joueurs autrement qu'en jupettes et courant de profil...
Je sais que, cette fois, tu n'auras pas le temps de m'écrire. C'est dommage car, de ton nouveau pays d'accueil, je n'ai en tête que des clichés : des images de saris colorés, des parfums de curry et d'autres épices variées et je me dis que s'il t'arrive à nouveau de contourner un animal sur la route, ce sera sans doute une vache.
Ce que je me figure assez bien, en revanche, ce sont tes premières impressions : dépaysement profond, accablement à cause de la chaleur humide, perplexité d'analphabète...
Des premières impressions sans doute très proches de celles que j'ai ressenties en arrivant ici, il y a exactement quatre ans.
Je pense à toi, te souhaite bonne chance et t'embrasse.
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2.8.09
Règles de base pour réaliser de meilleures photos (7 : les animaux)

"Les animaux, comme les enfants, ont peu de patience et une faculté d'attention limitée.
Avant de mettre votre sujet en scène, réglez votre appareil et soyez sûr d'être prêt à photographier.
L'idéal est d'arriver à faire tenir l'animal en place et d'en obtenir des expressions émouvantes et joyeuses. Provoquez des attitudes : un bruit fera dresser l'oreille de votre modèle et lui donnera un regard vif."
Guide de la photographie Kodak. (1983)
Parfois, j'entrais dans le salon et je ne le voyais tout d'abord pas et, le découvrant, je sursautais tellement je ne m'y attendais pas.
Parfois, il me regardait, à la manière d'une chouette, clignant à peine des yeux.
Parfois, il ne me manifestait aucune attention et restait immobile, le regard dans le vide ou les yeux fermés.
Je ne savais ni depuis combien de temps il était ainsi ni combien de temps il allait le demeurer.
Et pourquoi à cette place, toujours la même, sur ce meuble rarement rangé où s'entassaient les disques qu'on ne rangeait pas après les avoir écoutés, les livres empruntés et en cours de lecture... et où il avait à peine la place de s'asseoir.
Il jouait les chiens de faïence, les statuettes égyptiennes.
Parfois, je quittais la pièce aussitôt, le laissais tenir la pose.
Parfois, je ne pouvais pas m'empêcher de m'approcher, de lui parler, de le caresser.
Dans tous les cas, j'avais l'impression d'avoir cassé un charme, d'avoir interrompu une méditation.
Je me suis toujours demandée s'il remarquait mes sourires.
Je me suis toujours demandée pourquoi, dès que je sortais mon appareil photo pour figer ses expressions, Médor avait systématiquement autre chose à faire au même instant.
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1.8.09
Règles de base pour réaliser de meilleures photos (6 : la présence humaine)

"Si vous photographiez des monuments, des paysages, des restaurants, ajoutez à la scène votre famille, des membres de votre groupe de voyage et demandez aussi aux gens du pays de se joindre à vous. Vous apprécierez au retour la chaleur de ces moments."
Guide de la photographie Kodak. (1983)
Mes collègues, même s'ils avaient trouvé étrange que j'aille en vacances à Verdun, avaient demandé à voir mes photos.
Sur mes images en noir et blanc, ils avaient vu un sous-bois, le jeu du soleil sur les creux et les bosses.
J'avais expliqué que le village avait été détruit par les bombardements. La nature, tant de temps après, à la manière du visage des gueules cassées, en était restée marquée. Les reliefs dans le bois n'étaient en rien naturels, ils résultaient tous de l'impact des obus.
Après la guerre, les habitants avaient choisi d'aller vivre ailleurs mais avaient fait de ce sous-bois un lieu de mémoire : le sentier sur lequel nous avions marché était l'ancienne route le long de laquelle s'organisait la vie du village et des panneaux indiquaient l'emplacement du lavoir, d'une ferme, du maréchal ferrant...
L'endroit était parfaitement calme et, comme sur tous les sites de la grande guerre, régnait une ambiance de recueillement qui m'avait émue aux larmes.
Mon récit avait ennuyé tout le monde et j'avais réalisé que mes photos n'étaient pas réussies puisqu'elles ne pouvaient se passer de mon récit, qu'elles ne transmettaient rien de mon émotion.
J'avais réalisé surtout qu'il aurait été beaucoup plus approprié de rapporter des images de moi, posant devant un monument aux morts.
Je comprends donc parfaitement Jef et Yvonne qui se photographient à Pompéi.
C'est socialement si pratique de réunir sur le même cliché un aperçu de la météo, un monument évocateur de la région traversée et un sourire qui résume l'état d'esprit des vacances.
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31.7.09
Règles de base pour réaliser de meilleures photos (5 : sur le vif)

"Dans diverses situations -fêtes de famille, voyage- il est intéressant de photographier les personnages à leur insu. Ils sont beaucoup plus naturels puisqu'ils ne font pas attention à vous. Vous pouvez alors saisir les émotions authentiques et des expressions qui révèlent le caractère des sujets ou des expressions totalement naturelles et non contrôlées -véritables "tranches de vie"
Guide de la photographie Kodak. (1983)
Ils râlaient en me voyant sortir mon appareil photo parce que, disaient-ils, il allait encore falloir poser.
A les entendre, rien ne valait les photos prises sur le vif. Au moins y était-on plus naturels et spontanés.
Je passais quelques heures de labo à peaufiner le contraste de mes portraits noir et blanc.
Eux choisissaient l'option tirage multiple au moment de faire développer leurs pellicules. Ainsi étaient-ils sûrs de pouvoir les distribuer.
Nous étions naturels, en effet : les yeux rouges ou fermés, la peau rendue luisante par l'éclat du flash, la bouche pleine... Ou parfaitement à notre avantage mais cachés partiellement par le col des bouteilles au premier plan ou par le bras levé de quelqu'un qui se resservait à ce moment-là.
Pour ma postérité, je me suis mise aux self-portraits.
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30.7.09
Règles de base pour réaliser de meilleures photos (4 : c'est jeudi !)
"Si votre sujet bouge trop vite pour que vous puissiez arrêter le mouvement, vous devez alors le suivre avec votre appareil et accompagner ce mouvement de tout votre corps pour que votre modèle reste à la même place dans le viseur. Cela demande bien sûr une certaine pratique; en effet, il faut que vous tourniez votre corps en souplesse tout en contrôlant le déclencheur pour bien choisir le moment de la prise de vue. Continuez votre mouvement après avoir déclenché."
Guide de la photographie Kodak. (1983)
Comme tous les jeudis de l'année, c'est dans la boîte aux lettres de nos jeudis que je glisse une photo et quelques mots à l'adresse de Madame Gâ.
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29.7.09
Règles de base pour réaliser de meilleures photos (3 : le mariage)
"Puisque vous avez l'avantage de connaître certains des invités et des membres de la famille, ayez l'oeil sur les personnages les plus pittoresques pour faire leur portrait à leur insu. Ces scènes prises sur le vif seront gardées précieusement par ceux qui en ont été les acteurs, en particulier les mariés. Vous pourrez même faire un cadeau très agréable en offrant un petit album réalisé avec vos meilleurs clichés. Grâce aux photographies, tout le monde se souvient des mariages. Faites-en beaucoup, vous ferez beaucoup d'heureux !"
Guide de la photographie Kodak. (1983)
Il faut croire que dire "oui" lors d'un mariage n'a pas pour tout le monde la même valeur d'engagement.
Ses tirages noir et blanc étaient réussis, ses prises de vue originales, elle m'avait fait connaître le labo où j'ai presque tout appris...
A la question : "acceptes-tu de prendre les photos de notre mariage ?", F. avait répondu "oui".
Deux mois après, elle s'était un peu irritée de notre impatience à voir le résultat.
Elle avait néanmoins consenti à nous montrer les premiers tirages mais avait besoin de temps pour procéder aux montages.
Nous étions ressortis de chez elle éblouis : jamais nous n'avions été aussi beaux que sur ces photos.
Quatre mois après, nos témoins avaient oublié qu'ils avaient pris la pose et tout le monde s'était heureusement contenté des clichés couleur aimablement pris par d'autres invités.
Cinq mois après, à notre banal : "et alors, ça avance ?", F. nous pria de cesser de la harceler.
Six mois après, alors qu'elle était débordée par d'autres projets, je lui proposai de nous donner ses premiers tirages ainsi que les négatifs avec lesquels on saurait se débrouiller. Elle refusa.
R., d'avec qui elle était en train de se séparer, nous révéla que jamais en quatre ans de vie commune, il ne l'avait vue achever quelque chose qu'elle avait commencé.
Finalement, F. choisit de changer de trottoir lorsqu'elle nous apercevait ou de ne pas nous dire bonjour si elle ne pouvait éviter de nous croiser.
J'espère pour elle qu'elle a jeté toutes les traces de notre mariage et qu'elle a réussi à faire comme si tout cela ne s'était jamais passé.
Malgré tout, je n'aimerais pas être elle.
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28.7.09
Règles de base pour réaliser de meilleures photos (2 : Tuesday self portrait)
"Le retardateur est particulièrement pratique lorsque vous voulez figurer sur l'image. Il vous suffit de le mettre en fonction et de presser sur le déclencheur. Vous avez alors 8 à 15 secondes pour prendre place dans le champ. Lorsque vous composez l'image dans le viseur, n'oubliez pas de vous réserver une place. Pour la prise de vue, placez l'appareil sur un support stable : table, poteau, rocher ou pied".
Guide de la photographie Kokak. (1983)
La lecture du jour : Le wagon à vaches de Georges Hyvernaud.
"Bourladou me demande souvent :
-Enfin, qu'est-ce que tu peux bien y foutre, dans ta chambre, tout seul, comme ça, des soirées entières ?
Parce que lui, Bourladou, dès qu'il ne parle pas à quelqu'un, il s'emmerde.
Ce que j'y fous, ça ne regarde pas Bourladou. Ni personne. J'y creuse mon trou. On a quand même bien le droit de creuser son trou.
-Je lis, tu sais, je travaille...
-Ah oui, fait Bourladou.
Creuser son trou dans l'épaisseur de la ville et de la nuit. Et s'y blottir, s'y gratter, s'y lécher, en attendant le sommeil et la mort.
Bourladou regarde des bouquins épars sur ma table, et se demande ce que ça peut bien être, mon travail.
-Si encore tu avais la radio, dit-il.
Pas besoin de radio. On n'a qu'à s'asseoir sur son lit. A rester là. A écouter le petit bruit obstiné que fait la vie.
(...)
Je fume. Je rêvoche à la vie des autres. Je bats et rebats des souvenirs comme les cartes d'une réussite. Et quand j'en ai assez de ma rêvacherie, je prends du papier et je me mets à tracer des mots. Une manie d'homme solitaire. S'asseoir devant du papier et tracer des mots. Il y en a qui découpent des journaux illustrés. Il y en a qui regardent des prospectus d'agences ou des cartes de géographie. Chacun ses plaisirs. Moi, c'est les mots. J'essaye, avec des mots, de faire apparaître des moments, des visages, des fragments d'existence. J'ai toujours eu ces goûts-là. Mettre des mots à côté des mots, sérieusement, soigneusement. En cherchant le plus court chemin d'un point à un point-virgule."
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27.7.09
Règles de base pour réaliser de meilleures photos (1 : le portrait)
"Les personnages ont des expressions naturelles lorsqu'ils se sentent à l'aise. Essayez de prendre vos sujets dans des positions détendues. Lorsque vos personnages ont quelque chose pour occuper leurs mains et retenir leur attention, vous pouvez obtenir de véritables portraits. Assurez-vous que votre modèle porte des vêtements qui lui plaisent et qui ne choquent pas l'oeil par leur couleur, leur manque d'harmonie ou d'élégance."
Guide de la photographie Kodak. (1983)
C'est elle encore qui, plus tard, eut la patience de couvrir ma tête d'innombrables petites nattes.
Mais, ce jour-là, elle ne m'en fit que deux, me ceignant le front d'un lien qui permettait d'y glisser une plume.
Ce jour-là, ce n'est donc pas ma coiffure qui requit tout ses soins mais le maquillage, la disposition des traits sur mon visage et, surtout, le choix des couleurs qui firent de moi la réplique très crédible d'un chef indien qu'elle s'empressa d'immortaliser.
Ce n'est qu'à l'issue de la séance de pose qu'elle s'aperçut que la pellicule enclenchée dans son appareil était un film noir et blanc.
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26.7.09
L'heure universelle
Qu'on m'explique l'utilité des fuseaux horaires qui éloignent plus encore les amants déjà séparés par la distance...
Réglons une fois pour toute nos montres.
A quatre heures, il est earl grey pour le goûter ou rooibos pour distraire d'une insomnie.
A sept heures, il est oolong au soleil sur le balcon ou au jasmin pour s'accorder à la salade du dîner.
A dix heures il est fumé et corse la matinée ou vert au yuzu et acidule la soirée.
Le reste du temps, il peut aussi être mousseux macha au lait de soja.
Réglons nos montres, donc, sur l'heure universelle : l'heure du thé.
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25.7.09
La langue universelle

L'interprète : Il est Russe.
La capitaine de police (trépignant, impatiente) : Oui mais bon, c'est universel, non ? Alors, qu'est-ce qu'il dit ?
En réalité non, enfin pas tout à fait. Même si, c'est vrai : la langue des signes est plus internationale que les autres.
Publié par Gwen à 25.7.09 0 commentaires
24.7.09
La province

La matinée avait pourtant été ensoleillée et idéalement accompagnée. Les sobas parfaites et la conversation passionnante et passionnée.
Et puis.
Et puis il s'est mis à pleuvoir et, restée seule à Kamakura, j'ai soudain eu l'impression d'être dans une petite ville de province ennuyeuse et un peu étriquée...
Tokyo m'a manquée comme si je l'avais quittée depuis quelques jours déjà. Alors, aussitôt, j'ai repris le train avec le bonheur, incomparable, de rentrer chez moi. 
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23.7.09
C'est jeudi !

Madame Gâ est partie en vacances mais tous les jeudis de l'année, je sais où lui adresser mes courriers : la boîte aux lettres de nos jeudis fait aussi poste restante.
Publié par Gwen à 23.7.09 2 commentaires
22.7.09
Le jour de l'éclipse
Le temps qu'il fait se fiche du temps qui passe : la météo n'a aucun souci ni de l'Histoire ni de nos histoires.
Dans nos vies, ces dates qu'on attend et dont on se dit que la réussite peut tenir au soleil -et pourtant, un orage a-t-il déjà gâché un mariage ?- alors qu'il est indifférent aux nuages que le jour soit historique.
Michi m'a dit qu'elle n'avait encore jamais vu d'éclipse, que celle-ci était la première de sa vie. Mais voilà, il faisait gris et la première fois n'a pas eu lieu.
Hier, Carol a gambadé dans la maison dans tous les sens. Mon mail était le premier qu'il recevait et il était plein de couleurs.
Quelques jours avant, j'avais accroché au mur le premier dessin qu'il m'avait envoyé.
Les jours d'éclipse sont rares. Ceux où l'ont vit une première fois le sont moins. Il vaut mieux ça.
Publié par Gwen à 22.7.09 2 commentaires
21.7.09
20.7.09
L'été

L'été change les rizières en carrés d'herbe tendre que les chats trouveraient appétissante.
L'air est dense, pesant, saturé du chant assourdissant des cigales.
La lumière éteint le paysage, rend les contrastes aussi blessants que des objets tranchants.
Comme il est étrange de penser que le Mont Fuji, si proche en hiver, presque à portée de main au bout de l'allée, continue à exister même si, maintenant, il nous est totalement invisible...
Publié par Gwen à 20.7.09 0 commentaires
19.7.09
L'emploi de son temps
Il est parfois fatigant, quand on n'a pas d'emploi du temps réglé à la minute, de réveil qui sonne tous les matins, d'heure de la messe le dimanche, d'heure de sortie d'école, de courses de la semaine à faire, de dossier urgent à finir le WE... Il est parfois fatigant d'avoir suffisamment d'imagination pour habiter chaque jour.
Les héroïnes des nouvelles d'Henry James n'ont pas ce problème-là. Ni aucun autre.
C'est dimanche et je corne négligemment les pages de mon édition pléiade. Et ce n'est pas parce qu'elles sont en papier bible que je commets un blasphème.
"Les femmes arrivent à tout loger dans leurs commodes petites têtes, exactement comme elles le font avec ces malles merveilleusement agencées qu'elles emportent en voyage. Je ne doute pas que cette jeune personne ne range soigneusement sa religion dans un coin, comme elle le fait de son bonnet des dimanches, afin de les ressortir l'un et l'autre le moment venu et de les essayer devant le miroir en soufflant dessus pour en chasser la poussière -strictement imaginaire, car quelle impureté de ce bas monde pourrait pénétrer à travers une demi-douzaine de couches de batiste et de papier de soie ?- et pour se dire : "Mon Dieu ! Quel bonheur d'avoir une religion si jolie et si propre pour le jour du Seigneur !"
Henry James. Un peintre paysagiste. 
"C'était une belle femme, une femme falote, une dame accomplie. Elle avait pris la vie comme elle prenait son thé, qu'elle aimait léger, d'un arôme délicat, avec beaucoup de crème et de sucre. Elle n'avait jamais été de mauvaise humeur pour l'excellente raison qu'elle n'avait pas d'humeur. Elle n'était incommodée par aucune peur, aucun doute, aucun tourment de conscience, elle n'était nantie d'aucune certitude spirituelle. Elle avait de l'affection pour son fils, l'Eglise, son jardin, ses toilettes. Elle avait le meilleur goût, mais on peut dire que, moralement, elle n'avait pas d'histoire."
Henry James. De Grey, une histoire romantique.
Publié par Gwen à 19.7.09 1 commentaires
18.7.09
Tout un art
"4/
Reprenons -
Il s'agit d'un projet d'écrire le baiser, le baiser du lundi, le baiser du mardi, le baiser du mercredi, le baiser du jeudi, le baiser du vendredi, le baiser du samedi, le baiser du dimanche, le baiser du monday, le baiser du tuesday, le baiser du wednesday, le baiser du thursday, le baiser du friday (ah taire), le baiser du samedi, le baiser du saturday, le baiser du sunday, le baiser de pluie, le baiser de minuit, le baiser de l'hiver, le baiser de midi, le baiser de Nantes, le baiser de Draguignan, le baiser de Strasbourg, le baiser d'Echirolle, le baiser de Montpellier, le baiser de Clermont-Ferrand, le baiser de Schiltigheim, le baiser d'Amien, le baiser de Creil , le baiser plénier, le baiser très plénier."
Un beau projet vu ici et qui mériterait d'être collectif.
Publié par Gwen à 18.7.09 3 commentaires
17.7.09
Suicide collectif

Les filles étaient souvent jolies mais le jeudi -brushings et mises en plis- à voir leurs mères, leurs grand-mères, on pouvait douter qu'elles resteraient minces. Jolies à 17, 18 ans mais qu'elles profitent du jean taille basse car, à l'heure de la pause, barres chocolatées et chips au distributeur... Et les produits marrons -à tartiner ou à faire pétiller dans la bouche- aux recettes secrètes. Le jeudi, donc, jour des ascendances, on constatait que le temps n'altèrerait ni leur impitoyable accent ni leur incroyable gentillesse, que leur sourire resterait permanent mais que leur taille et leurs bras seraient épais. Mais les corps sveltes s'empoisonnent tout autant. Toujours cette question : les industriels donnent-ils à manger à leurs enfants les bombes à retardement qu'ils empilent dans les rayons des supermarchés ? Arômes artificiels, conservateurs, sel, colorants pour une vie plus rose. Mayonnaise. Qui a décidé ce suicide ? Poulets frits, sauces grasses, biscuits bon marché. La mort industrielle. La mort du goût. Un chagrin ? Un abandon ? Un succès ? Consoler ou fêter. Cautériser à la crème chantilly. Célébrer aux bonbons gélifiés. Une récompense colorée. La vie rose. Le bonheur la bouche pleine. Je devrais, alors, être plus malheureuse qu'une autre. Légumes du jardin, fruits à profusion, viande fraîche, poisson, habitudes prises bien avant l'avènement du surgelé : la pizza était maison. Et le fromage, ah le fromage ! Le rituel auquel on ne déroge pas : le marché, une fois par semaine et tôt, on est là pour remplir le panier. Les chips associés aux tomates, oeufs durs et morceaux de baguette molle, les pique-niques collectifs des départs en car, des cars emplis d'enfants. Classe de neige, centre aéré. Cette vie-là n'était pas pour moi, la vie en communauté, la vie à manger des chips. Au lieu de ça, je me demandais quel en était le genre. Déjà préoccupée par le lexique. On réglait la question en parlant d'eux au pluriel. Stupéfaction, plus tard, d'en voir sur une table, autour du poulet. Et toujours, à l'heure de l'apéritif, goût pizza, goût bacon, goût chili. Tout de même oui, ces discussions tard dans la nuit, au retour de la Métaphore ou de l'Idéal. Mise en scène et jeu d'acteur. Chips au vinaigre et bière blanche. Marks & Spenser, c'était les souvenirs de Londres, une brève sensation de dépaysement. Mais, bien avant la fermeture des magasins, le retour des légumes. Exit les chips. A vie. Pomme de terre, huile, sel, appelle-t-on ça une recette ? Ici goût wasabi, goût crevette, goût barbecue. Toujours les mêmes paquets -le sachet crisse- abandonnés sur les aires de pique-nique bien avant le trou dans la couche d'ozone et encore maintenant pas recyclables. Dans le train, le garçon est encore jeune. Habitué à manger sans conscience. Les dimanches de l'enfance, alterner l'assiette de nouilles sautées, le cornet de crème glacée -vite avant que tout ne fonde- les frites en plein soleil. Ce serait tellement dommage de priver les enfants d'un aussi grand plaisir. Plus tard, lampées de saké et une viande panée en trois bouchées. Cette capacité qu'ils ont à la manger froide. En sandwich également. Dans le train, le garçon est encore jeune et le sachet crisse sous ses doigts. 8H42. Ici non, on ne jette pas les emballages sur la voie. Non mais parfois soi.
Les suicidés ont-ils mangé au petit déjeuner ?
Publié par Gwen à 17.7.09 6 commentaires
16.7.09
C'est jeudi !
Et, comme tous les jeudis, c'est avec Madame Gâ que je partage mon humeur du jour dans notre correspondance publique que vous pouvez lire ICI...
(Rappel des épisodes précédents pour d'éventuels lecteurs de fraîche date : Madame Gâ et moi avons bu des litres et des litres de thé, marché pendant des kilomètres et des kilomètres, nous sommes retrouvées dans de nombreux, très nombreux cafés et y avons passé de longues, très longues heures à parler... pendant les deux ans qu'elle a passés à Tokyo. A présent que nous sommes séparées, nous nous écrivons tous les jeudis et nous postons dans cette boîte aux lettres notre courrier public...)
Publié par Gwen à 16.7.09 1 commentaires
15.7.09
Un jour heureux
150 grammes d'okara
100 grammes de flocons d'avoine
50 grammes de farine
levure
1 oeuf
1 banane écrasée
4 cuillères à soupe d'huile de pépins de raisin
1 cuillère à soupe de sucre roux
1 pincée de sel
quelques cerneaux de noix concassés
25 minutes de cuisson à 180°
Il ne restait plus de gâteau à l'heure de l'ouverture de la cafet'. Mais, heureusement, il y avait encore un peu de la confiture d'umeboshi de Yoshimi pour les régaler. 
A travers les cris des mouettes, il a dit : "ça sent la mer !"
On aurait pu s'y croire, en effet.
Publié par Gwen à 15.7.09 3 commentaires
14.7.09
Tuesday self portrait (loup)

"The truth is rarely pure and never simple".
La devise et les belles images de Sara Fanelli sont ICI.
Publié par Gwen à 14.7.09 2 commentaires
13.7.09
La vie moderne
On atteint vite l'âge où on se met à parler d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.
Notre ordinaire disparu est parfois l'indicateur le plus sensible de notre état civil.
Les numéros de téléphone à 8 chiffres.
Et même : à 6 chiffres.
Le Louvre sans pyramide.
Les voitures aux sièges sans appuie-têtes.
Il arrive vite le temps où on ressemble à des dinosaures aux yeux des plus jeunes qui, à leur tour...
Les téléphones à cadrans tournants.
Les picorettes.
Les tourniquets dans les jardins d'enfants.
Les gadgets dans les paquets de lessive.
C'est la vie moderne qu'on confond si volontiers avec le progrès.
Oui, j'ai vécu avant les fours micro-ondes.
Avant les magnétoscopes.
Avant les fers à repasser à vapeur.
Mais oui, je me coiffais sans l'aide de gel.
Tout cela est facile à dater.
Plus subtil est, en revanche, le moment où ce qui était luxueux devient ordinaire.
On peut dire à quel âge on a écrit nos premiers mails mais quand les connexions sont-elles toutes devenues à haut débit ?
Depuis quand les téléphones portables sont-ils tous équipés d'un appareil photo ?
Et en quelle année la direction assistée a-t-elle cessé d'être une option ?
Publié par Gwen à 13.7.09 4 commentaires
12.7.09
Le refus de la banalité
"Je n'arrive pas à entendre que faire un travail qu'on n'aime pas pendant 40 ans, ça peut être ça la vie.
Je ne ferai rien dans ma vie que je ne veux pas faire. Je préférerai crever.
Donc je refuse tout ennui possible. S'il y a une chose sur laquelle je ne lâche pas, c'est la notion de banalité.
C'est là que je parle d'intégrité, de souveraineté.
Nécessairement, si on va vers ses désirs, sa propre poésie, on devient seul et c'est une solitude formidable : on devient unique.
Mais rien n'encourage à ça."
Une semaine d'entretiens avec Wajdi Mouawad est à écouter ICI.
Publié par Gwen à 12.7.09 2 commentaires
11.7.09
Petit matin
"On trace un tableau dramatique du matin où le jeune homme accepta son destin. Le jour de l'exécution où il va servir d'aide à son père pour la première fois, celui-ci vient l'éveiller à l'aube en lui disant : "Lève-toi, c'est l'heure." On fait observer que "le futur bourreau est arraché au sommeil tout comme un condamné à mort."
Roger Caillois. Sociologie du bourreau.
(photographie : l'abattoir de André Abegg. 1967)
A 7H30 ce matin, la première théière de la journée est posée sur mon balcon. Par la fenêtre ouverte de l'appartement de mon voisin s'échappent les bruitages d'un jeu vidéo -fracas d'armes blanches, râles...-
Sans même réfléchir : Il s'éveille et va combattre. Les Hutus faisaient ça aussi. Non : ils tuaient sans combat.
Publié par Gwen à 11.7.09 0 commentaires














