Elle s'était levée avant moi et le thé fumait sur la table.
Mon dernier petit déjeuner français date de ce jour de février, il y a deux ans, face au jardin.
Ensuite, nous avions mis mes bagages dans le coffre et elle avait fait tous les détours possibles ainsi que deux fois le tour du rond-point des Invalides avant de me déposer à la station de RER.
Elle voulait que je profite jusqu'au dernier instant de la ville dont j'avais vécu éloignée pendant deux ans et que je ne reverrai pas avant au moins aussi longtemps.
Elle était aussi excitée que si elle avait peint elle-même le ciel en bleu, avait déposé l'angelot en haut de la tour de la Bastille, avait planté tous les arbres des bords de Seine... Afin de m'en offrir la surprise ce jour-là.
Sur le trottoir parisien, on s'était embrassées, émues de se quitter parce qu'en se disant à bientôt, on ne savait pas quand ce serait.

Kriss était une vraie généreuse, elle partageait autant ses enthousiasmes que ses amitiés, ses découvertes, ses bonnes adresses. Elle offrait sa voix à tous mais aussi à chacun.
Elle m'a rendue belle et forte et j'espère avoir réussi à lui donner, moi aussi, ce que j'avais.
J'aurais aimé, même à distance, unir mes forces aux siennes pour le combattre, son cancer.
Paris sera toujours magnifique et le ciel encore bleu. Je prendrai d'autres petits déjeuners, je continuerai à écouter la radio. Je vais continuer à vivre, aussi. Mais sans elle.
Je ne parviens pas à croire que ce sera aussi bien.