10.9.08

Ailleurs

J'ai passé quelques heures dans cette ville grande offerte aux clichés, où ciels et terres se confondent, se mélangent, se répondent et procurent les sensations de vertige et de perte de repères propres aux manèges.
Au retour, en gare de Tokyo, à la question "qui es-tu ?", j'aurais copié Nadja : "je suis l'âme errante".
A "d'où viens-tu ?", je n'aurais pas su répondre.











9.9.08

Tuesday self portrait (la paresse)


J'aimerais savoir dessiner, peindre, être inventive, créatrice etc.
Or, non seulement je ne suis rien de tout cela mais, en plus, je suis une paresseuse de première.
C'est pour cela que la photo me va si bien : j'appuie sur le déclencheur sans me poser davantage de question. Et voilà.
Et voilà.
Promis juré, je n'ai rien fait d'autre. Pas recadré, pas retouché. Rien.
Et quand je constate que m'acquitter de mon autoportrait du mardi me prend 5 secondes, ça ne me motive pas à lutter contre mon naturel si paresseux.

8.9.08

Une rencontre surréaliste

(Jeudi soir, dans le sac empli de cadeaux d'E., il y avait Nadja, le livre revenant de l'été. Et je ne l'avais pas rangé dans ma bibliothèque parce que je savais que je le relirai très vite.)

C'est dimanche et je bois un macha latte à Shirokanedai. Dehors le soleil. Dedans la table blanche. Et les rues de Paris où le hasard préside souvent aux rencontres de Breton avec Nadja.

"Comme je veux prendre congé d'elle, elle demande qui m'attend. "Ma femme. -Marié ? Oh ! alors..." et, sur un autre ton très grave, très recueilli : "Tant pis. Mais... et cette grande idée ? J'avais si bien commencé tout à l'heure à la voir. C'était vraiment une étoile, une étoile vers laquelle vous alliez. Vous ne pouviez manquer d'arriver à cette étoile. A vous entendre parler, je sentais que rien ne vous en empêcherait : rien, pas même moi... Vous ne pourrez jamais voir cette étoile comme je la voyais. Vous ne comprenez pas : elle est comme le coeur d'une fleur sans coeur."
André Breton. Nadja.

Nous avons, certes, quelques adresses communes, lui et moi. Mais, justement, nous en avons plusieurs et elles sont disséminées dans cette ville de 37 millions d'habitants.
Je lève les yeux. E. est assis à ma table.

7.9.08

Deux cent quarante-trois cartes postales en couleurs véritables (11)

"Essayez d'écrire une lettre correctement, vous verrez, je connaissais quelqu'un qui, un jour, dans un cas assez grave, séparation violente, divorce à la clé, deuil inattendu, etc., rédigeait à l'avance sur papier les messages téléphoniques difficiles.

Les marges, les repentirs prévus, les dérives encadrées, un pas de plus il en faisait un livre."

Olivier Cadiot. Retour définitif et durable de l'être aimé.

Si l'été vous parait déjà loin,

si vous n'avez pas la chance de recevoir la chronique émouvante et illustrée d'un voyage au soleil,

Alors, en association avec Georges Perec, je vous envoie une carte postale estivale.

Dernières nouvelles de Doubrovnik. On bronze. On mange des chevapchitchi. J'ai fait de la poterie. On revient le 12.

6.9.08

L'été sans fin

Le goût du tofu au marron,

le parfum du hôjicha,

le bol de chai...

On pourrait croire que c'est l'automne...
Ce serait oublier les 30 degrés quotidiens, les bols de tofu à la banane sur le balcon, les terrasses hantées par les moustiques, la fraîcheur du soir tellement bienvenue.

5.9.08

Beautiful day




























Quand le soleil s'est couché contre la montagne, je suis allée sur le sable, regarder les vagues jusqu'à ce qu'il fasse vraiment nuit. Et je lui ai fait écouter le ressac.

Wonderful day.

4.9.08

C'est jeudi !


C'est jeudi et c'est ICI que je tente de convaincre Madame Gâ que, maintenant, je suis une grande fille !

3.9.08

Le (bon) usage de la photo

Quel est donc le hasard qui préside au choix de mes lectures et les fait se répondre ?
Dans le Dernier Monde de Céline Minard, Stevens, l'unique survivant, n'a pas à se débarrasser des corps de l'humanité disparue puisque, justement, tous ses semblables ont disparu. Totalement disparu, fondu sans laisser d'autres traces que leurs vêtements :
"J'ai trouvé un short et un T.shirt sur le sol du hall et une blouse blanche légèrement usée au col et aux manches. Quand je l'ai ramassée pour la ranger quelque part, j'ai senti d'autres vêtements à l'intérieur : une chemise, un bermuda kaki, un caleçon d'homme."

Et puis, au One plus one café, je bois une théière de Pu Er et je lis L'usage de la photographie.
Annie Ernaux et Marc Marie laissaient leurs vêtements en désordre sur le sol de la cuisine, de la chambre, du couloir... Là où ils faisaient l'amour.

Un jour, Annie Ernaux a l'idée de prendre ces compositions aléatoires en photo.

"Comme si faire l'amour ne suffisait pas, qu'il faille en conserver une représentation matérielle, nous avons continué à prendre des photos. Certaines ont été prises aussitôt après l'amour, d'autres le lendemain matin. Ce dernier moment était le plus émouvant. Ces choses dont nos corps s'étaient débarrassés avaient passé toute la nuit à l'endroit même où elles étaient tombées, dans la posture de leur chute. Elles étaient les dépouilles d'une fête déjà lointaine. Les retrouver à la lumière du jour, c'était ressentir le temps." (Annie Ernaux)

Un soir, les amants décident de choisir quatorze de ces photos et d'écrire, chacun de leur côté, quatorze textes qui s'y rattachent.

"La quasi-totalité des clichés se situe en un lieu unique -Cergy. En les rassemblant, on peut se figurer qu'ils ont été pris le même jour. Ce pourrait être les photos d'un service de criminologie, et nos vêtements ce qu'il reste de nous, après que nos corps, pour une raison inexpliquée, se sont volatilisés."(Marc Marie)

C'est un livre qu'on a envie d'offrir à son amant.

Pas seulement parce que ces tas de vêtements improvisés donnent envie d'enlever les siens dans le même but !

Mais aussi -et surtout- parce qu'elle est belle, cette idée du couple : deux êtres humains qui n'ont pas pour projet de fréquenter les grandes surfaces -qu'elles soient culturelles, d'ameublement ou d'alimentation- le WE mais qui, en plus d'unir leurs corps, unissent aussi leur imagination, leur inventivité, leur créativité afin de dire leur amour, de dire leur aventure de manière singulière alors qu'elle est aussi banale ou belle que n'importe quelle autre histoire d'amour.

C'est un livre qu'on a envie d'offrir sans prétexte, sans occasion à célébrer. D'offrir comme on offre des fleurs, un joli foulard ou un nouveau carnet.

C'est un livre qu'on a envie d'offrir juste parce qu'on est amoureux, toujours amoureux.

1.9.08

(Presque) seule au monde

Allez, vous pouvez l'avouer ! N'avez-vous pas passé une partie de la nuit à souhaiter un raz de marée, une tempête de neige ou n'importe quoi d'autre d'aussi improbable qui vous permettrait de différer la rentrée ?
D'ailleurs, tant qu'à faire, n'avez-vous pas rêvé d'un événement qui, même, l'annulerait complètement -car si elle était simplement différée, elle aurait toujours une veille, ce serait toujours pénible à vivre...
Alors, à quoi avez-vous pensé ???
N'êtes-vous pas allé jusqu'à imaginer une gentille petite catastrophe planétaire qui vous débarrasserait efficacement des collègues dont vous n'avez pas envie d'entendre les récits de vacances mais vous laisserait l'usage du monde en parfait état ??? De manière à pouvoir franchir les portes automatiques d'un grand hôtel de bord de plage -enfin accomplir votre rêve de dormir dans la chambre Marcel Proust du grand hôtel de Cabourg-, vider les caves de leurs bouteilles de champagne, manger du nutella à la louche -car il n'y a plus personne pour vous voir en maillot de bain- et, surtout, entrer dans toutes les librairies et bibliothèques de votre connaissance pour entasser quelques volumes dans votre panier, en-dessous de votre serviette de bain, avant d'aller déplier le parasol sur le sable et profiter du seul bruit des vagues sans avoir à subir celui des scooters des mers, les cris des joueurs de beach-volley ou le haut-parleur qui appelle les parents d'un enfant perdu.
Bien sûr, être le seul survivant sur la terre signifie que, plus jamais il n'y aura de nouvelles parutions mais n'est-ce pas ce dont vous rêvez : échapper à la rentrée, quelle qu'elle soit, y compris littéraire ??? Après tout, c'est un moyen comme un autre d'échapper au sempiternel nouveau roman d'Amélie Nothomb.
Et puis... ça fait quelques siècles que les hommes écrivent, ça vous fournit quelques provisions.

Bon. Certes, si vous allez jusqu'au bout de ce scénario, vous admettrez peut-être que, s'il est confortable d'échapper aux "et toi, qu'est-ce que tu manges à midi ?" et autres conversations passionnantes de vos collègues, l'absence totale de toute vie humaine peut être pesante et que c'est bien beau d'accumuler les lectures sur la plage mais si vous ne pouvez jamais partager vos impressions avec personne, ça perd beaucoup de son charme.

C'est ce que pense Jaume Roiq Stevens, héros très solitaire du Dernier Monde de Céline Minard. On ne peut plus solitaire : seul survivant de l'espèce humaine. Et la solitude absolue étant impossible à vivre, Stevens s'invente quelques compagnons afin de ne pas avoir l'impression de parler tout seul.

"-Où t'as piqué ça ?
-Je n'ai pas piqué ça, monsieur Lawson. Je l'ai emprunté au deuxième étage du monastère Gandam dont la bibliothèque contenait quelques ouvrages de philosophie occidentale.
-Emprunté ! Ben voyons.
-Ecoutez-moi, le sauvage, dans les circonstances où nous sommes, je ne vois pas que l'on puisse faire autre chose qu'emprunter. A qui voudriez-vous que je l'aie volé ce livre, ? Au Bouddha ? Ne vous est-il jamais venu à l'esprit que la propriété suppose le partage et la communauté ? Si vous n'avez pas de voisin, il ne vous traîne pas en justice, voyez-vous. Il ne vous reproche pas de boire son vin ou d'habiter sa maison.
-C'est vrai. Ni de baiser sa femme puisqu'elle n'existe pas. Un point pour toi mon pilleur. Emprunte, c'est gratuit. Tout est gratuit maintenant."

J'ai lu Le Dernier Monde de Céline Minard et suivre Stevens dans sa découverte de la planète nettoyée de tout être humain (et pas seulement de ses collègues) a été, par moment, réellement oppressant.
J'ai eu envie, dans ces moments-là, du bruit des trains, des voitures, des conversations et j'ai transporté mon livre dans des lieux habituellement très peuplés.

Or,je ne sais pas pourquoi, ce jour-là, ils étaient particulièrement vides.

"Si Stevens est encore vivant, c'est qu'il est, pour combien de temps peu importe, c'est qu'il est encore pris dans le monde humain : il écrit. S'il cessait de tenir son cahier, il disparaîtrait comme homme. Il disparaîtrait et avec lui l'ensemble de ce qu'il peut maintenir d'humanité, qui n'est pas toute l'humanité, qui n'est qu'un infime éclat, lacunaire, incomplet, troué, venteux comme l'ont été chacune de ces sortes d'éclats, disparaîtrait. Tout ce qu'il fait est effectivement un prétexte, un pré-texte, un prêt au texte parce que lui, comme personne avant lui, n'a pas d'autre mode d'être humain. Aucune de ses relations avec les traces du monde humain n'aurait d'existence s'il ne les écrivait pas. Personne ne peut vivre tout à fait seul."
Céline Minard. Le Dernier Monde.