1.9.08

(Presque) seule au monde

Allez, vous pouvez l'avouer ! N'avez-vous pas passé une partie de la nuit à souhaiter un raz de marée, une tempête de neige ou n'importe quoi d'autre d'aussi improbable qui vous permettrait de différer la rentrée ?
D'ailleurs, tant qu'à faire, n'avez-vous pas rêvé d'un événement qui, même, l'annulerait complètement -car si elle était simplement différée, elle aurait toujours une veille, ce serait toujours pénible à vivre...
Alors, à quoi avez-vous pensé ???
N'êtes-vous pas allé jusqu'à imaginer une gentille petite catastrophe planétaire qui vous débarrasserait efficacement des collègues dont vous n'avez pas envie d'entendre les récits de vacances mais vous laisserait l'usage du monde en parfait état ??? De manière à pouvoir franchir les portes automatiques d'un grand hôtel de bord de plage -enfin accomplir votre rêve de dormir dans la chambre Marcel Proust du grand hôtel de Cabourg-, vider les caves de leurs bouteilles de champagne, manger du nutella à la louche -car il n'y a plus personne pour vous voir en maillot de bain- et, surtout, entrer dans toutes les librairies et bibliothèques de votre connaissance pour entasser quelques volumes dans votre panier, en-dessous de votre serviette de bain, avant d'aller déplier le parasol sur le sable et profiter du seul bruit des vagues sans avoir à subir celui des scooters des mers, les cris des joueurs de beach-volley ou le haut-parleur qui appelle les parents d'un enfant perdu.
Bien sûr, être le seul survivant sur la terre signifie que, plus jamais il n'y aura de nouvelles parutions mais n'est-ce pas ce dont vous rêvez : échapper à la rentrée, quelle qu'elle soit, y compris littéraire ??? Après tout, c'est un moyen comme un autre d'échapper au sempiternel nouveau roman d'Amélie Nothomb.
Et puis... ça fait quelques siècles que les hommes écrivent, ça vous fournit quelques provisions.

Bon. Certes, si vous allez jusqu'au bout de ce scénario, vous admettrez peut-être que, s'il est confortable d'échapper aux "et toi, qu'est-ce que tu manges à midi ?" et autres conversations passionnantes de vos collègues, l'absence totale de toute vie humaine peut être pesante et que c'est bien beau d'accumuler les lectures sur la plage mais si vous ne pouvez jamais partager vos impressions avec personne, ça perd beaucoup de son charme.

C'est ce que pense Jaume Roiq Stevens, héros très solitaire du Dernier Monde de Céline Minard. On ne peut plus solitaire : seul survivant de l'espèce humaine. Et la solitude absolue étant impossible à vivre, Stevens s'invente quelques compagnons afin de ne pas avoir l'impression de parler tout seul.

"-Où t'as piqué ça ?
-Je n'ai pas piqué ça, monsieur Lawson. Je l'ai emprunté au deuxième étage du monastère Gandam dont la bibliothèque contenait quelques ouvrages de philosophie occidentale.
-Emprunté ! Ben voyons.
-Ecoutez-moi, le sauvage, dans les circonstances où nous sommes, je ne vois pas que l'on puisse faire autre chose qu'emprunter. A qui voudriez-vous que je l'aie volé ce livre, ? Au Bouddha ? Ne vous est-il jamais venu à l'esprit que la propriété suppose le partage et la communauté ? Si vous n'avez pas de voisin, il ne vous traîne pas en justice, voyez-vous. Il ne vous reproche pas de boire son vin ou d'habiter sa maison.
-C'est vrai. Ni de baiser sa femme puisqu'elle n'existe pas. Un point pour toi mon pilleur. Emprunte, c'est gratuit. Tout est gratuit maintenant."

J'ai lu Le Dernier Monde de Céline Minard et suivre Stevens dans sa découverte de la planète nettoyée de tout être humain (et pas seulement de ses collègues) a été, par moment, réellement oppressant.
J'ai eu envie, dans ces moments-là, du bruit des trains, des voitures, des conversations et j'ai transporté mon livre dans des lieux habituellement très peuplés.

Or,je ne sais pas pourquoi, ce jour-là, ils étaient particulièrement vides.

"Si Stevens est encore vivant, c'est qu'il est, pour combien de temps peu importe, c'est qu'il est encore pris dans le monde humain : il écrit. S'il cessait de tenir son cahier, il disparaîtrait comme homme. Il disparaîtrait et avec lui l'ensemble de ce qu'il peut maintenir d'humanité, qui n'est pas toute l'humanité, qui n'est qu'un infime éclat, lacunaire, incomplet, troué, venteux comme l'ont été chacune de ces sortes d'éclats, disparaîtrait. Tout ce qu'il fait est effectivement un prétexte, un pré-texte, un prêt au texte parce que lui, comme personne avant lui, n'a pas d'autre mode d'être humain. Aucune de ses relations avec les traces du monde humain n'aurait d'existence s'il ne les écrivait pas. Personne ne peut vivre tout à fait seul."
Céline Minard. Le Dernier Monde.

5 commentaires:

lo a dit…

Truer words have never been spoken...

Mes scénarios favoris? Une chute de météores sur certains bâtiments ciblés du campus, la mort tragique du personnel enseignant par vélociraptor ou encore une invasion extraterrestre générale. À la fin des vacances d'hiver, je prie pour une tempête de verglas (ça avait bien fonctionné en '98!)

Ma session commence mardi. Si je t'envoie des ondes positives maintenant, tu me rends la pareille demain?

Gwen a dit…

Compte sur mes ondes positives ! Pour le moment, je file au parc profiter de ce lundi au soleil et... en vacances (je ne parlais pas pour moi !!!)
Bises bises.

jenny a dit…

moi j'aime bien les gens, a priori.
mais les petits chefs qui nous cloportent la vie, ça,j'aime pas.je suis sûre, en plus, que ce sont eux qui résisteraient aux catalysmes dont périraient les tendres, les sauvageons, les rieurs, les gentils, les fiers, les justes, les sardines et les coquelicots....alors, comme faisait mon petit garçon, je ferme les yeux pour qu'ils ne me voient plus. et ce lundi sera malgré eux joli !

Agnes a dit…

Nougaro fait rimer Septembre et "le mois le plus tendre" (L'Ile de Re), alors je fredonnerai cela comme un mantra lors de mes premieres reunions de Rentree!

kikizita a dit…

Et souvenons nous également de Tom Hanks qui dans sa pub Fedex sur île deserte parlait à son ballon de foot américain ! Ah ah.
La solitude, c'est dur pour tout le monde, et tout le monde en rêve.
Enfin, tout le monde sauf moi car j'adore les gens et j'aime la rentrée ! J'ai toujours aimé ça, retourner à l'école, retrouver des amis, en rencontrer des nouveaux, découvrir des nouveaux bâtiments.
Du coup je considère les solitaires comme de formidables personnages de fiction, tellement pleins qu'ils se suffisent à eux-mêmes. A en donner des complexes à nous autres, pauvres animaux sociaux dépendants les uns des autres...