23.2.08

Le téléphone arabe

Il y avait ce jeu, auquel j'ai parfois joué, quand j'étais petite. On est un nombre indéfini de personnes, assises en cercle. Quelqu'un dit rapidement une phrase à l'oreille de son voisin qui la répète au sien... Le dernier de la chaîne répète la phrase et on s'amuse des différences avec l'original.

Quand je me suis assise au soleil, sur le même banc que lui, il était en train d'écrire dans un carnet. Moi, j'ai sorti le mien.
Et puis, il a fumé une cigarette avant de m'adresser la parole.
J'aime bien cette langue qui fait dire aux hommes que ça apaise leur coeur de pratiquer la calligraphie, je ne suis pas insensible aux hommes sensibles.
Il a déchiré la page de son carnet où il avait dessiné un endroit qu'il aime particulièrement, à Hakone. Et il me l'a donnée en s'excusant de son découpage approximatif et en m'invitant à aller boire un café.

Si on voulait s'amuser, on pourrait comparer nos versions : ce qu'il m'a dit et ce que j'ai cru comprendre, ce que j'ai cru dire et ce qu'il a compris.
Mais, au fond, est-ce que ça a vraiment beaucoup d'importance ?
On était bien, là, sur ce banc, au soleil, face au lac et on a ri ensemble quand les canards se sont rassemblés pour escorter le cygne-pédalo.

(Parce que je n'avais pas envie de jouer avec le sort de mes colis, je suis allée à la poste plutôt que de pratiquer le téléphone arabe pour un nouveau rendez-vous. Et déballer tous ces livres -même si c'est moi qui les ai postés- c'est un peu Noël. Maintenant se pose la question : où est-ce que je vais les mettre ? Mais est-ce que ça a vraiment beaucoup d'importance ?)

2 commentaires:

bobi and bobi a dit…

quel beau texte...
La photo avec les parapluies et l'arbre, dessous, j'en ferais bien un dessin, un jour. Je peux ?
Bonne année :)

Gwen a dit…

Bobi, comme tu me flattes ! Et, surtout, sers-toi, n'hésite pas !