6.5.07

Un lait chaud, s'il vous plait

"Nous nous alimentons peut-être moins de mets que de parfums, d'images, de mots et de réminiscences.
Le plus évanescent serait-il le plus nourrissant ?"
Claude Pujade Renaud. Sous les mots les mets

Au milieu des années 80, j'ai eu plusieurs fois l'occasion de prendre le train à la gare Montparnasse.
Mon père avait la gentillesse de m'accompagner jusque là et comme nous étions en avance (ou bien, parfois, nous n'étions pas en avance mais, à cause des grèves, j'avais longtemps à attendre), nous allions au café.
C'était un café typiquement parisien. Typique aussi de la proximité d'une gare. Un café sombre et pas très propre. Impersonnel au possible. Où, cependant, des gens deviennent, au fil du temps, habitués.
Habitués, nous avions fini par l'être, un peu, mon père et moi. Bien sûr, un serveur n'aurait pas pu nous reconnaître d'une fois sur l'autre mais nous savions tous deux, quand il me proposait d'aller au café à Montparnasse, qu'il s'agissait de celui-là.

Plus tard, quand j'allais prendre un train et que je passais devant, je repensais à ces moments-là.

Nous ne nous disions pas grand-chose. Nous attendions simplement que le temps passe.
Invariablement, je commandais un lait chaud. Un jour, en effet, j'avais réalisé que, quand on buvait un lait chaud au café, il était recouvert d'une mousse légère qui faisait mes délices. Je savourais à la petite cuillère cette douce matière évanescente, qui disparait dans la bouche aussitôt qu'on l'y met. Ensuite, ne restait que le liquide à la couleur blanche délavée, refroidi trop tôt et au goût insipide. J'aurais aimé une tasse entière de mousse !

Ce matin, dans ce café où je sais qu'aucun thé ne présente le moindre intérêt, j'ai commandé un lait chaud -tall size- pour accompagner mon scone du petit déjeuner.
3 centimètres d'épaisseur de ce blanc parfait, cette mousse dense et épaisse dans laquelle ma cuillère dessine des cratères.
3 centimètres de bonheur parfait.
Puis, en dessous, du lait, du vrai. Très blanc et odorant. Encore chaud.

C'était Ebisu, pas Montparnasse. Et je suis montée dans la Yamanote.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Golden week, carpe au vent , gare et lait.

Oui ami Baudelaire, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans".

Oui ami Valéry, "Le vent se lève ! Il faut tenter de vivre ..."

J'aime ces jours couleur de lait parcourir G.Pompidou et son anthologie.

Pays de Neige

BertranD a dit…

Comme le chantait le grand Serge :
"la beauté du lait du lait...
se boit sans délai délai"
Rire...
ok, je sors !