14.11.08

C'est (toujours) l'heure du thé.


Un jour, je serai une vieille dame. Et je mangerai des toasts dans un de ces endroits où, n'importe où dans le monde, les amies de tout âge se retrouvent pour boire un thé.
Un jour, je serai une vieille dame et nous continuerons d'avoir rendez-vous pour encore parler d'amour et d'avenir alors même que nos mains seront tachées et un peu tremblantes.

En attendant de vieillir, nous emmêlons nos vies le vendredi et, quoiqu'il m'arrive plus tard, je sais que je porterai les traces indélébiles de ces petits déjeuners au soleil, de ces "moments démoniaques", de ces marches à travers la ville que l'automne teinte de couleurs primaires.

Plus tard, dans la douceur du soir d'automne, j'ai fait du vélo sans les mains, au milieu de la route.
Au retour, le tofu du soir se balançant au bout de mon bras, ces mots dans mon casque m'ont fait sortir le Pléiade d'Henry James de ma bibliothèque.
"Quand certaines conditions sont réunies, il y a peu de moments dans la vie plus agréables que l'heure consacrée à la cérémonie connue sous le nom d'heure du thé. A certaines conditions, qu'on boive ou non du thé, il y a des gens qui bien sûr ne le font jamais, la situation est en elle-même délicieuse. Et celles auxquelles je pense en commençant ce modeste récit, offraient un décor admirable pour un passe-temps innocent. Les éléments du petit festin avaient été disposés sur la pelouse d'une vieille maison de campagne.
Il faut reconnaître que Henry James en fait quelques fois des tonnes pour ressembler à une vieille Anglaise mais j'aime, dans ces premières lignes du livre, son assurance : quand il annonce un modeste récit, il bluffe. La sérénité de qui avance une équation incontestable : tea-time égale paradis.
Si le lecteur a un tant soit peu de jugeote, de maturité, il devine aisément que ce paradis, James va s'employer à le détruire. Un moment aussi parfait ne peut pas durer, même dans une fiction. Ce n'était pas en tout cas sa conception de la fiction."
Julie Wolkenstein. L'excuse.

Et, parce que, issue de ma boîte aux lettres, la jolie carte à tête de loup de Madame Gâ m'a donné envie d'un thé fumé, j'ai mis de l'eau à chauffer.

Parce que, du lundi au dimanche, de jour comme de nuit, c'est en permanence ici, l'heure du thé.

4 commentaires:

madame gâ a dit…

le bleu, le bleu, le bleu, c'est beau, celui des velos! le blues, un peu, le vert de la jalousie, surement aussi...
(le croira t on : le captcha du jour c'est "rester")

patrick a dit…

moi j'aime le thé passionnément et j'en bois chaque jour, thé qui a remplacé l'eau du déjeuner mais voilà rien de ce qui préside à ces cérémonies dont on me parle ne m'est familier même si je suis allé un jour dans une maison en Chine où l'eau qu'on versait faisait s"ouvrir une fleur, un thé blanc -?- et mon ami qui était là, un garçon du nord de la France, un garçon du café, me dit alors "de l'eau chaude, de l'eau chaude, un truc de tante" voilà mais rien n' y fait, Mariage reste mon centre d'intérêt, j'achète, perd les étiquettes et bois ce que j'ignore, toujours heureux de ces parfums disons rares.

Gwen a dit…

Ga, reste un peu, encore un peu.
Patrick, mais le désordre n'est-il pas aussi une forme (charmante) de cérémonie ???

Anonyme a dit…

Et moi j'engrange chaque fruit et gateau mangés ensemble, au fond de ma bouche, comme le goût d'un doux souvenir, chaque marche et chaque mot partagé, comme autant de perles à enfiler sur un collier que je porterai toujours.

Et chaque matin dans ma glace je me vois et je vois les perles autours de mon cou, heureuse de penser que la vie offre de si beaux moments.

Et le soir aussi est bon parfois, puisque ce soir, on est jeudi et que demain... Demain c'est vendredi...
J.