3.9.07

Otsuka la nuit. Un bout d'ubiquité


Que raconteraient-ils de leur journée, eux, ces gens que je croise dans la nuit ? Choisiraient-il d'extraire de leur lundi ce moment où j'ai croisé leur vie ?

Sa silhouette s'encadre dans la fenêtre du love hôtel. Il recule brusquement au moment où mes yeux rencontrent les siens. Tout le bas de son visage est masqué.
Du toit du pachinko résonne le son mat des battes de base ball.
Sortis du même bureau, on le jurerait, tellement son costume et son tailleur se ressemblent. Ils lèvent leur verre de bière en même temps.
Elle est blonde et nue. Il est brun et pas tout aussi déshabillé. Il est couché sur elle. Ils sont sur l'écran de télévision du Oldies Birdies.
Ils sortent de la Yamanote et cherchent de la monnaie dans leur poche. 300 yens la barquette de raisin.
Elle hésite mais repose le magazine féminin qu'elle vient de feuilleter. Elle a toute la nuit si elle veut changer d'avis : la librairie ne ferme pas.
Ils se donnent des coups, ils ne s'épargnent pas. Nous sommes plusieurs à les regarder et personne ne tente de les séparer : ils sont sur un ring.
Elle travaille au Starbucks voisin et c'est sa pause. Elle transporte sa tasse et boit en les écoutant jouer une variation jazz autour des feuilles mortes.
Moi, c'est en mangeant une glace que j'observe leurs visages. A leur teint, on les imagine facilement passer toutes les heures ensoleillées des journées à répéter dans une cave.

Je saurai dans quelle langue le saluer, la prochaine fois, lui dont j'entends le "bonsoir" murmuré quand je le croise dans l'entrée.
C'est une belle nuit d'été qui autorise les bras nus mais n'oblige à rien d'autre.
Et, quand je rentre, un air de l'opéra de 4 sous qui s'échappe par la fenêtre, un peu au-dessus de chez moi.

1 commentaire:

tu vas dormir un peu !!! a dit…

De bien jolis portraits du lundi.
Ton oeil voit tout et ton oreille est sensible... et du sais nous transmettre tout ça... oui, le bruit mat des battes de base-ball... c'est ça , un bruit mat... Je n'aurais pas pensé à le décrire comme ça. Et pourtant c'est bien comme ça que je l'entends aussi.


Merci. A demain pour un autre portrait en image cette fois... et pas juste des images de jolies tâches comme celles d'aujourd'hui !