18.8.08

Le cahier du thé

Il n'y a que pour mes albums de photos instantanées

ainsi que pour mes journaux en voyage,

(j'aime beaucoup ce polaroïd que m'a offert Géraldine)
il n'y a, donc, que pour mes journaux et mes polas que je choisis la monotonie des carnets identiques.
Pour le reste, j'aime varier les formats, les papiers, les couleurs. J'aime aussi lorsqu'il m'arrive d'en recevoir.
J'aime avoir quelques carnets, quelques cahiers en réserve, en attente. J'aime les savoir là, les regarder, réfléchir à leur éventuel usage puis les ranger à nouveau sur l'étagère qui leur est consacrée.

Il y a un an que Jenny m'a envoyé ce cahier, un an que cette tasse fleurie me fait de l'oeil.
Et puis, soudain, ça m'est apparu hier comme une évidence :
de tous ces moments passés dans les cafés, je pourrais garder une trace autre que les photos que, parfois, j'y prends. Autre que les étiquettes des mousselines de thé que, parfois, je conserve. Autre que les pages de mon journal que j'y noircis, autre que les pages des livres que j'y lis.

Depuis hier, je glisse, en plus de tout le reste, celui que j'appelle mon "cahier du thé" dans mon sac déjà chargé.
Afin d'y consigner les couleurs du ciel ou celles des murs, les parfums des thés, les matières des tasses, les ambiances sonores de ces moments qui s'organisent autour d'un thé.

"Comme Kakuzo Okakura, l'auteur du Livre du Thé, qui se désolait de la révolte des tribus mongoles au XIIIè siècle non parce qu'elle avait entraîné mort et désolation mais parce qu'elle avait détruit, parmi les fruits de la culture Song, le plus précieux d'entre eux, l'art du thé, je sais qu'il n'est pas un breuvage mineur. Lorsqu'il devient rituel, il constitue le coeur de l'aptitude à voir de la grandeur dans les petites choses. Où se trouve la beauté ? Dans les grandes choses qui, comme les autres, sont condamnées à mourir, ou bien dans les petites qui, sans prétendre à rien, savent incruster dans l'instant une gemme d'infini ?
Le rituel du thé, cette reconduction précise des mêmes gestes et de la même dégustation, cette accesssion à des sensations simples, authentiques et raffinées, cette licence donnée à chacun, à peu de frais, de devenir un aristocrate du goût parce que le thé est la boisson des riches comme elle est celle des pauvres, le rituel du thé, donc, a cette vertu extraordinaire d'introduire dans l'absurdité de nos vies une brèche d'harmonie sereine. Oui, l'univers conspire à la vacuité, les âmes perdues pleurent la beauté, l'insignifiance nous encercle. Alors, buvons une tasse de thé. Le silence se fait, on entend le vent qui souffle au-dehors, les feuilles d'automne bruissent et s'envolent, le chat dort dans une chaude lumière. Et, dans chaque gorgée, se sublime le temps."
Muriel Barbery. L'Elégance du hérisson.

7 commentaires:

senbei a dit…

J'y pense...Je viens enfin de me faire offrir ("oursin un jour, oursin toujours", dit le dicton) du biwa-cha, qui est plus franchement une tisane de feuilles de nèflier mais dont je me régale. Si tu veux passer à Sancha cette semaine, t'es invitée (et j'achèterais du warabi-mochi, va !)

Gwen a dit…

Oh mais voilà une invit' à laquelle j'aurais du mal à résister (l'attrait du néflier, qui y croirait ?!!!), fais chauffer l'eau, j'arrive !!!

lo a dit…

Tu sais, même si ce blog me fait découvrir ta ville, tes livres et ta vie, je m'ennuie parfois de la courte missive qui atterrissait dans notre boîte aux lettres, un fois par an. Voilà longtemps que nous n'avons pas eu à déchiffrer le joli cafouillis de ton écriture...

Gwen a dit…

Comme il est étrange de lire ton commentaire au réveil, après avoir rêvé de vous quatre !!! (véridique !)
Alors, promis, si c'est réclamé comme ça, je vais gribouiller une lettre dans votre direction !
En attendant, je vous embrasse, pendant que vous êtes encore un peu chez moi (c'est drôle comme les rêves rapprochent !)...

les chéchés a dit…

j'aime... j'aime ce cahier réserver à toutes ces petites choses à observer, toucher, goûter, sentir...
les petits carnets, chez moi sont bien moins rangés et organiser... on en trouve dans tous mes sacs, sur le bureau, dans la cuisine, avec dessins, textes, recettes de cuisine, anotations...
j'aime aussi ce polaroid...

Gisèle a dit…

Bonjour,

J'aime beaucoup passer sur votre site. J'y retrouve l'ambiance de Tokyo (que je connais un peu - par deux séjours de vacances au Japon), l'amour des livres et le goût du thé, trois raisons pour continuer à lire ce très bon blog et y passer tous les jours. Le cahier du thé est une excellente idée mais je demandais si vous pouvez aussi faire une liste (et peut être donner les quartiers/adresses) de ces cafés où vous passez ces heures de lecture ? J'aimerais y aller le jour où je repasse à Tokyo, 3ème voyage prévu dans deux ans. Merci d'avance et bonne continuation de ce blog.

Gwen a dit…

C'est rangé et organisé... surtout pour la photo !!!
Gisèle, merci pour votre fidélité, elle me fait très plaisir et j'espère ne pas trop vous décevoir en vous avouant n'avoir aucune intention de faire un carnet d'adresses ! D'autant plus que, si c'est pour vous y rendre dans deux ans, une bonne partie de ces cafés auront certainement cessé d'exister (l'espérance de vie des boutiques et des cafés, ici, est parfois très courte...). Ce qui n'est pas dramatique puisqu'ils auront sans doute été remplacés par d'autres... que vous aurez le plaisir de dénicher !!!