13.9.08

Deux cent quarante-trois cartes postales en couleurs véritables (12)


Tous les matins, le soleil s'éveille dans mes draps.
Avant de le rejoindre sur le balcon, j'attends que le thé infuse et je prépare le plateau du petit déjeuner.
A la théière, au tofu ou au gâteau du jour, j'ajoute un livre.
Celui du moment est une masse de 500 pages joyeusement intelligentes : Ma haie d'Emmanuel Hocquard.

Vous l'avez compris, il est encore de saison, ici, de vous poster une carte postale de vacances. Mais, au rituel message d'amitié de Georges Perec, je joins un extrait des pages du balcon.

"Contrairement aux jeunes renards, par exemple, les petits d'homme et les petits choucas ont ceci en commun qu'ils ne savent pas peindre de naissance. Tout comme les petits choucas, les petits d'homme sont obligés d'apprendre à peindre, de même qu'ils doivent apprendre à parler, à écrire, à tenir une fourchette et à lacer leurs chaussures. Faute de quoi, ils restent niais toute leur vie.
Il semblerait, de prime abord, que dans la distribution des caractères innés, la nature ait nettement défavorisé les petits d'homme et les petits choucas. La nécessité où ils se trouvent de presque tout devoir apprendre après leur naissance peut apparaître comme un sérieux handicap, générateur d'une considérable perte de temps, que déplorait déjà René Descartes. En outre, à cette première inégalité de départ vient s'en ajouter une autre : alors que les jeunes brochets nagent tous de la même manière sans avoir pris de cours de natation, que les poulets du monde entier traversent les routes sans regarder dès qu'ils sont en âge de le faire, que tous les ours volent spontanément du miel, les petits d'homme et les petits de choucas non seulement sont condamnés à acquérir leur savoir à la sueur de leur front mais leurs efforts ne sont pas forcément couronnés par les mêmes lauriers. Autrement dit, tout apprenti peintre ne devient pas Caravage.
Naître petit d'homme ou petit de choucas comporte cependant quelques avantages. Ces avantages peuvent se résumer par la même vigoureuse formule : tout apprenti peintre ne devient pas automatiquement Caravage. Parce que les petits hommes et les petits choucas jouissent, dans l'exercice de leurs facultés intellectuelles et sensibles, d'une liberté qui semble faire défaut aux poulets et aux ours."
Emmanuel Hocquard. Ma haie.

On vadrouille dans les îles grecques. Qu'est-ce qu'on se tape comme oursins ! Les gens sont vachement gentils avec nous. Youpi ! Et dire qu'il va falloir rentrer !

8 commentaires:

jenny a dit…

c'est dit, je ne résisterai pas aux librairies tantôt, pour chercher, au-delà des écroulements de "rentrée littéraire", ce livre qui paraît réjouissant !

Rita a dit…

Cette carte postale est un clin d'oeil pour moi ?
Je note au passage que tu as une formidable collection de tasses, plus belles les unes que les autres, où ranges-tu tout ça ?

Olga a dit…

J'ai eu la grande chance de participer aux ateliers d'écriture d'E. Hocquart... quand j'étudiais aux Beaux Arts. Formidables rigolades. Mais beaucoup de travail, aussi.

Gwen a dit…

Jenny, ça devrait pouvoir te plaire...
Rita, bien vu, c'est exactement ça !!! Impressionnant, le bleu grec que tu m'as envoyé !!! (et chanceux, les enfants qui découvrent tout cela...)
Olga, "J'appelle ça grammaire à cause de toutes les connotations exécrables qui s'attachent à l'appellation à la mode d'atelier d'écriture. Grammaire, ce n'est pas idéal non plus, j'en conviens, et ça prête aussi à confusion. Surtout, ça rend un son austère, rébarbatif, alors que ça devrait toujours rester ludique. Mais grammaire c'est quand même moins déprimant qu'atelier d'écriture."
Ce qu'il en dit donne envie mais, en effet, quel boulot ça doit être !

Olga a dit…

Je partage votre impression... l'appellation "atelier d'écriture" trimballe une cohorte de connotations exécrables... D'ailleurs, on oeuvrait dans "l'atelier Son", ce qui n'était pas pour déplaire au bonhomme (Hocquart). Grâce à lui j'ai lu et rencontré O. Cadiot et par la suite... toujours aux Beaux Arts et toujours dans l'atelier son... ce fût une étonnante rencontre avec Rodolphe Burger. Nous étions très gâtés (nous, les élèves). J'en ai croisé du beau monde....je garde de cette époque une nostalgie inébranlable...

Gwen a dit…

Ce n'est pas mon impression, c'est une citation de Hocquard quand il s'est exprimé sur son travail aux Beaux Arts !

Gwen a dit…

... Cadiot, Burger... Que du beau monde ! Veinarde !
(moi, je les ai "seulement" vus en concert..)

Olga a dit…

Je n'avais pas vu les guillemets...
Oui, rien que du beau monde, parce que rien que des personnes extraordinairement disponibles.
Les gens curieux (qui s'intéressent aux détails) ne courent pas les rues (de moins en moins).
C'est une des nombreuses raisons qui me font apprécier votre blog: vous êtes sensible aux détails... Une grande qualité, de mon point de vue.