1.5.09

Là je suis... (8)

C'était compliqué, cette histoire.
Pas tout à fait sortis de l'ère trouble de l'adolescence, alors que nous déclinions encore en riant des "quand on s'ra grand" sans conséquence, il nous fallait décider ce que nous serions à peine quelques années plus tard.

Pour seul bagage, nous avions :
-l'assurance que nos lendemains ne chanteraient pas.
-que le chômage finirait tôt ou tard par nous rattraper.
-sauf, peut-être, si nous choisissions la voie de l'informatique.

Nous étions amoureux, en classe de terminale. Ignorant tous les métiers qui existent au monde. A peine conscients que nous avions le droit d'en imaginer qui n'existaient pas encore.
Nous passions parfois un peu de temps au centre d'information et d'orientation, à regarder les fiches des professions, espérant pouvoir nous reconnaître dans l'une d'entre elles.

Infirmière. Banquière. Fleuriste. Laborantine. Créatrice de mode. Ou de bijoux. Agent immobilier. Coiffeuse. Bibliothécaire. Paysagiste. Architecte. Spationaute...

Non ! Impossible ! Inaccessible... Quand même pas ! Tout mais pas ça ! Tu m'imagines ? C'est sur concours... Non mais, tu parles sérieusement ? Il paraît que c'est trop dur... C'est pas pour moi ! J'y arriverai jamais... Tu crois vraiment ?

Finalement, j'avais retenu "clown en entreprise" tout en feignant d'ignorer les longues études en psychologie nécessaires ainsi que mon peu d'aptitude au déguisement.

De toute façon, nous écourtions nos recherches pour faire ce en quoi nous étions réellement talentueux : manger des pâtisseries sur le parvis de la cathédrale tout en disant n'importe quoi.
Néanmoins, nous ne parvenions pas à trouver à quelle profession ce talent-là était indispensable. De plus, nous étions conscients de ne pas être les seuls à en être dotés...

Dans le fond, j'en revenais toujours à la même idée. Ce métier pour lequel il n'y avait, à ma connaissance, pas de formation, que je nommais "femme fatale", que j'aurais pu définir comme "femme du monde".
Je m'imaginais parfaitement être l'invitée indispensable de tous les cocktails forcément parisiens, n'accordant ma présence qu'avec parcimonie, dispensant avec modestie les avis sensés et cultivés qui me rendaient si recherchée.

Mais comme, à cette époque, il suffisait d'un soupçon de rouge à lèvres pour me faire penser que j'étais trop féminine, j'avais été assez lucide pour renoncer à m'imposer dans une vie qui nécessitait le port des talons hauts.

A présent, alors que je ne porte décidément pas de robe à cocktail, il m'arrive d'imaginer secrètement ce que serait ma vie si les esprits les plus brillants de mon temps convoitaient ma carte de visite, si tous, ils rêvaient d'être en possession d'une telle invitation :

Là je suis : quand j'ai dit à Mme Gâ que j'aimerais faire, un jour, un métier qui me permettrait de lui commander des cartes de visite, elle m'a prise au mot et m'a envoyé quelques propositions ... qui sont devenues, pour moi, une source d'inspiration !
Vous pouvez lire la série ICI
Pauvre Sophie Calle qui a dû, elle, se contenter de l'imagination de Paul Auster !!!

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Si je peux manger une religieuse au café sur les marches de la Cathédrale - et en plus un vendredi matin... Bon Dieu de bois, j'arrive en courant à B. pour être reçue !!!

DesBIsesDeBrugesALaCrème

raphael a dit…

Superbe description.
C'est tout à fait ça.

Gwen a dit…

En attendant, viens plutôt à T. un mercredi matin, à l'heure du gâteau à l'okara !!!
Desbisesdelaprincessed'O. !

Merci Raphaël.