La lumière était typiquement flamande, aujourd'hui, sur les montagnes, sur les champs. Et une légère brume enveloppait le chien et son maître qui se promenaient le long de l'eau.
(Souvent, par la fenêtre du train, on voit des extraits des vies qui continuent sans nous.)
Il m'avait dit, un jour où je ne connaissais pas encore ce lieu, qu'y aller nécessitait un long voyage en train. Et j'avais souri de l'accent de fierté que contenait sa voix quand il avait précisé que, tout de même, avant d'y parvenir, il fallait traverser deux fleuves.
Faire ce voyage, c'est un peu partir en vacances. Passer un bout de journée au loin. Puis revenir.
Rentrer.
Et je suis suffisamment dépaysée par les fleuves traversés, les maisons colorées et espacées, les sommets qui arrêtent soudain le regard, la mer formée par les toits qui, au contraire et de l'autre côté, le propulse vers l'infini... Suffisamment dépaysée, donc, pour avoir l'agréable impression, quand je retourne vers Tokyo, de rentrer de voyage, rentrer chez moi. Car oui, Tokyo est ma ville. Et, de retour de cette presque campagne, je suis contente de la retrouver : ses couleurs, ses enseignes, le bruit de ses gares, et le paysage connu par coeur par les fenêtres de la Yamanote qui clot le trajet. Tokyo est ma ville. Je suis chez moi ici.
Elle m'avait expliqué que, si un jour, je partais en voyage, je ne pourrais pas dire, ensuite, "je rentre au Japon" parce que je n'étais pas Japonaise.
Peut-être est-ce un peu pour cela que je m'obstine à rester ici ! Car, si je ne peux pas rentrer au Japon, où, alors, pourrais-je le faire ? Où, ailleurs qu'ici, suis-je autant moi-même ?

Aujourd'hui, j'ai pensé à Laurent et Caroline qui, après quelques jours à Tokyo, rentraient en France, rentraient chez eux. J'ai pensé à Agnès qui, parce qu'elle habite à Londres -exilée elle aussi- ne rentrait pas par le même avion.
Je pense aussi à Miss Ritchie qui, bientôt, remontera l'escalier jusqu'à notre premier étage. Parce que -n'en déplaise à ma prof de japonais- après être rentrée en France, elle va rentrer à Tokyo. Parce que, pour le moment, c'est ici qu'est sa vie, c'est ici qu'elle habite. Et je commence déjà à l'attendre.