9.4.07

Palimpseste

Je peux très bien, pour faire simple, traverser la ville de part en part la tête baissée, sans penser à rien.
Et puis je peux, aussi, regarder les rues empruntées, les passages piétons traversés et détailler les nombreuses couches que mes souvenirs y laissent.

A la vue de cette cabine téléphonique, me revient l'épopée du premier coup de fil -mais comment avions-nous fait, d'ailleurs, pour y arriver- la fatigue extrême de ce soir-là mais aussi la transpiration qui brouille le regard, les moustiques contre lesquels nous avions déjà renoncé à lutter.

Quand je suis assise à ce comptoir, devant la fenêtre, je sais que j'étais là aussi, au bout de la nuit blanche de la cinquième saison de 6 feet under et qu'E. m'y avait rejointe après quelques heures de sommeil.

Je me souviens du goût du premier thé vert acheté dans ce distributeur -ah... Je ne m'attendais pas à ça... C'est un peu fort, non ?

Et quand je traverse la gare de Shinjuku, elles peuvent ressurgir si je les convoque, les pensées exactes de l'arrivée, de la descente du car... Puis la première fois où j'ai découvert ce passage qui me faisait gagner du temps quand je voulais rentrer en métro, pas en JR...

Je connais toutes les saisons sur les arbres qui bordent le canal café. Mais, parfois, en plein hiver, quand le ciel est bleu et haut, je sens encore la pluie de ce soir-là. Les arbres étaient chargés de fleurs, les rares places à l'abri étaient toutes prises et, pendant que nous rebroussions chemin, il m'avait dit qu'il courait sur cette terrasse, quand il avait quatre ans. Une enfance tokyoïte dont il avait poursuivi le récit dans le café, plus haut dans la rue.

Tout Tokyo contient mes premières fois puis toutes les autres. Elles ne s'annulent pas, elles se superposent seulement. Je me demande comment ce sera quand je serai là depuis quatre ans, six ans, neuf ans et demi...

Cette route, elle me rappellait surtout les vendredis soirs où je la dévalais quelquefois, en direction de Ginza.
Mais, depuis que je l'ai empruntée un jour avec Miss Ritchie, c'est devenu la route des jours de flemme. Les jours où, pour rallier Iidabashi, je n'ai envie d'aucune côte, ni dans un sens, ni dans un autre.

Elle avait dit qu'elle aimait particulièrement quand l'avenue devenait large et haute, quand les buildings avaient un air de robots gentils, quand on arrivait au Tokyo Dome et que résonnaient les cris du grand huit.

Puis nous étions allées au café avec son héros. Le même café que le soir des sakuras trempés.
Ajouter une couche de (bons) souvenirs à ce lieu déjà chargé de ma petite histoire.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Cette vie aquarelle, en couches successives, déterminantes mais si transparentes ; 6-feet.

Pays de Neige

madame gâ frissonne a dit…

la fin de journee, ma sensiblerie de fille? billet doux, emouvant, un de mes plus beaux souvenirs...

Marie-Eirma, Japon a dit…

Juste, c'est un i pour palimpseste
Mais tu peux corriger des fautes sur mon blog pour te venger :)

G. a dit…

Merci Marie, j'avais la flemme de vérifier et je ne le retiens jamais celui-là ( je l'ai déjà utilisé mais vérifié, les autres fois !!!)

Marie-Eirma, Japon a dit…

Je sais, il est vicieux, je l'ai longtemps écrit avec "th" si ça peut te rassurer :)