25.4.08

L'heure de lire

Il m'a prêté son livre en me disant qu'il n'allait pas le lire tout de suite parce qu'il risquait de ne pas prendre son temps comme il avait pourtant envie de le faire. Et un livre de ce format, si on ne le savoure pas, alors, après, c'est trop tard.
Depuis, je le transporte avec moi, réfléchissant au moment où je pourrais le lire sans me précipiter. Faire attention à cela, moi aussi.  
Et je pensais que ça pouvait être aujourd'hui, à l'heure de la crème au macha et des tartines au sésame noir.  

Et puis non.
Je suis retournée, un peu,  dans le livre de William Gaddis, m'assurer que j'en avais fini avec lui... Avant de lire les 45 pages de Cap Canaveral de Grégoire Bouillier.


"-vous croyez que c'est pour ça que les gens en écrivent ? des histoires je veux dire ?
-Par indignation... il détendit la jambe en la rapprochant. 
-Non ou peut-être juste ennui. Je veux dire que je pense que c'est pour ça que mon père inventait toutes ces histoires, parce qu'il s'ennuyait, à faire la lecture à cette petite fille sur ses genoux il s'ennuyait et c'est pourquoi elles étaient toujours à propos de lui... sa main continuait à aller, s'arrêtait pour lisser des poils dans la flânerie -parce que ce que vous venez de dire, à propos d'être captif des espoirs de quelqu'un d'autre ? et à propos de la déception ? Je veux dire je pense que les gens écrivent parce que les choses se sont révélées différentes de ce qu'elles sont censées être."
William Gaddis. Gothique charpentier.

8 commentaires:

Mayumi a dit…

Une crème au macha, une tartine au sésame noir et un verre de mugicha ou une tasse fumante de nihoncha...
Un bon livre, un fauteuil douillet et la lumière du crépuscule tokyoïte qui part les immeubles d'or rose...
La tranquillité du soir qui s'installe, la promesse d'une nuit à vivre et d'un lendemain tout neuf à écrire...
Moment précieux.

Pourquoi écrit-on des histoires ?
Et si c'était pour lire les récits qu'on a envie de lire et qu'on ne trouve pas déjà publiés ? Ou pour prolonger les rêves d'une nuit en en tissant les fils ténus en grandes aventures ? Ou alors pour vivre d'autres vies ?
Y a-t-il plus grande liberté que celle de l'écriture ?

Vos billets ont le goût délicat des minuscules gâteaux japonais à la farine de châtaigne, un goût de vrai, de douceur et la poésie d'une promenade dans les montagnes, à la fraîcheur des arbres et au son des cigales...

Merci mille fois.

Faites-nous rêver encore...

Cocje a dit…

Je serai bien plus terre à terre... (ce qui ne m'empêche point d'apprécier tout autant tes pages)
Quelle est ta recette de crème au matcha ?
Merci !

Gwen a dit…

Mayumi, je ne vais pas tarder à être aussi rouge que les feuilles des érables !!!

Cocje... mélange habituel de lait de soja, macha et agar agar, les quantités sont au pif ici, pour plus d'indications (et d'inspirations), il faut aller voir chez Cléa...

Anonyme a dit…

et personne ne dit mot des lectures.... tout de même Gaddis, Bouiller...

Gwen a dit…

Oui, deux ingrédients aussi essentiels que le macha et et le sésame noir !

Anonyme a dit…

L'heure d'écrire alors ?

Mais tu n'as pas attendu d'être déçue pour le faire... ou peut-être que si en fait... finalement, je ne sais pas d'où tu sors tous ces mots, toutes ces images et ces lignes qui coulent si naturellement - mais puisque je connais quand même un peu les coulisses, je sais que ce n'est pas si facile et je te remercie d'écrire ici et je te félicite pour ce que tu écris aussi ailleurs... et pourvu que les prophéties de dentiste se réalisent enfin... bonne route en tout cas, et à bientôt quand même

Gwen a dit…

La voix du dentiste commence à n'être plus qu'un écho. Et je n'ai pas trouvé de magnétophone dans la rue, moi, pour y croire à nouveau.

Il y a eu un suicide, aujourd'hui, sur l'odakyu. Une personne sans prophétie qui n'a plus pu survivre à un samedi de pluie ? Une personne trop déçue pour être capable d'écrire ?

Mayumi a dit…

Ou une personne qui ne trouvait plus ses mots ?

Ah, les prophéties... Des mots pleins de bon sens, de promesses pour l'avenir, et de déception aussi.

Ecrire, c'est vivre, et c'est déjà beaucoup. L'encre est notre sang, la plume, notre sixième sens, notre troisième oeil, notre instinct de survie parfois.

Ah quoi bon croire les prophéties, si on ne veut pas les réaliser ? Si on n'a pas trouvé sa raison de vivre ?

Je note, pour la crème au matcha, et je vais m'efforcer de retrouver, dans le fouillis intersidéral qui règne dans mes livres et classeurs de cuisine, la recette d'une succulente et subtile crème brûlée au matcha.

Merci encore !