4.2.09

Raymond Carver à Ikebukuro

Je suis une familière de ce jardin d'Ikebukuro que l'effervescence de la ville, tout autour, indiffère.
Les parties de shôgi qui opposent les hommes tout le temps que dure le jour, les balles de base ball des adolescents, les uniformes des lycéens sur les balançoires, les bols de nouilles chaudes des ouvriers, les bentos plus raffinés des jeunes filles rangées, les cigarettes des hommes en costume, les chats qui ne vieillissent pas, les conversations longues des groupes d'amis...
Un matin d'automne, j'étais dans une flaque du soleil débutant. A l'heure du petit déjeuner des sdf, c'était cette chanson légère qui avait fait bouger mes pieds.



Mais dimanche, c'est à midi que je me suis assise sur le banc à deux places et que j'ai lu Carver à voix haute.

Paresser

J'ai examiné la chambre il y a quelques instants
et voilà ce que j'ai vu-
mon fauteuil à sa place, près de la fenêtre,
le livre ouvert retourné sur la table.
Et sur le rebord, la cigarette
en train de se consumer dans le cendrier.
Simulateur ! c'est ce que m'avait crié mon oncle
autrefois. Il avait raison.
J'ai mis de côté du temps, aujourd'hui,
comme tous les jours,
pour ne rien faire du tout.

Raymond Carver. La vitesse foudroyante du passé.

Il s'est assis à côté de moi et a secoué énergiquement son plateau de sushis avant de le déballer et de l'asperger de sauce soja. Pendant les trois minutes quinze qu'a duré son repas, il n'a cessé de jeter sur moi des regards obliques. Il était manifestement inquiet pour ma santé mentale. Mais plus inquiet encore que ma folie soit contagieuse.
J'aurais été en droit de me poser la même question.

3 commentaires:

Guyl'. a dit…

Rhaaa cette chanson, cette BO ...
Cette chanson, elle est tellement chouette.

Anonyme a dit…

J'ai mis la BO aux enfants ce soir, pendant qu'ils dînaient - et "pof" ils se sont levés d'un seul homme et se sont mis à danser au milieu du salon, Paolo avec un super rythme bras et hanches et Fanny dans son entier.... Ils m'ont demandé de la remettre deux fois et ont continué à danser tout du long...J'aurais aimé que tu vois ça, moi j'avais la banane !
DesBIses !
J.

Agnes a dit…

Sur la couverture de la collection de poemes de Carver en v.o. il y un corbeau dans un paysage japonais... merci de m'avoir donne envie de les relire!