16.3.09

Les mots sous la peau

J'ai reçu sa proposition comme une déclaration d'amour.
Il m'a dit que mes mots pouvaient emprunter son écriture et qu'il les glisserait, ensuite, entre les pages de mes livres préférés, à la médiathèque.

Que penser des livres dont on nous dit : "Tu verras, il se lit vite" ???
Même si je les préfère brefs, j'aime ceux que j'ai envie, bien au contraire, de lire lentement.
Les livres que je voudrais laisser infuser en moi, longtemps, jusqu'à ce que je sois sûre que leurs phrases me restent à jamais, comme tatouées à l'intérieur, sous la peau.
Je vivrai avec le roman de John Cheever. Comme je vis avec les tableaux de Hopper.

"L'étranger a laissé sa femme à l'hôtel Plaza, devant la télévision. La quête d'un toit lui semble revêtir une importance presque primordiale. Les prix sont élevés, de nos jours, et rien n'est exactement ce que l'on cherche. La peinture éraflée et les objets abandonnés par les anciens propriétaires semblent aussi vivants et exigeants que les vêtements et les papiers que l'on trie après un décès dans la famille. Il faudra, il le sait, que la villa ou l'appartement qu'il cherche soit apparus au moins deux fois dans ses rêves. Quand tout sera fini, le jardin planté et les meubles installés, les épreuves du voyage seront camouflées; mais ce soir le souvenir du périple et de la migration coule dans ses veines. Les habitants de Bullet Park n'ont pas tant pour idéal d'être arrivés là que d'y avoir été plantés et d'y avoir poussé, mais ce n'est pas le cas, bien sûr. Désordre, camions de déménagement, emprunts bancaires à taux élevés, larmes et désespoir ont marqué la plus grande partie de leurs départs et de leurs arrivées."
Les lumières de Bullet Park
(La traduction est de Dominique Mainard. Pas de hasard, donc)

1 commentaire:

BertranD a dit…

Figute-toi qu'il m'aura fallu un de ces instants de lucidité transparente pour me rendre compte que l'un des aspects esthétiques qui me ravissaient à Valparaiso était, justement, les similitudes avec certaines peintures d'Edward Hopper que j'affectionne depuis si longtemps.