9.2.07

Gourmandises littéraires

Ce jour-là, je lui avais donné rendez-vous sous les pruniers en fleurs. Et j'étais venue en avance avec mon pique-nique et un livre de la taille d'une boîte à bento.

Deux aveugles, l'un la main sur l'épaule de l'autre, et leur guide avaient descendu l'allée. Elle les avait emmenés jusqu'à l'arbre, avait attrapé une des branches. Ils avaient posé leurs mains sur les fleurs, les avaient senties et le vent avait éparpillé des pétales sur leurs yeux, sur leur visage, comme des baisers doux.

Lorsqu'elle était arrivée, sans lui montrer le titre du livre que j'avais en main -comme pour une dégustation à l'aveugle- je lui en lus un passage.

"J'ai trahi la béchamel. Croyant naïvement à ma singularité, j'ai suivi la vague pour apprécier, au fil des années, le chocolat noir, les sushis, l'huile d'olive, le thé sans sucre et le pain complet.
Symbole de la transformation radicale de ma relation à la nourriture et aux joies qu'elle procure, le shoyu, cette fermentation légère de soja et de blé, trésor de la cuisine japonaise, jus noir moins salé et moins épais que le tamari, a pris peu à peu une place centrale dans mes activités gourmandes.
Shoyu mis à toutes les sauces, non seulement de salades quelles qu'elles soient, mais aussi jus, sel liquide goûteux, élixir indispensable dans un oeuf à la coque (ce mélange constituerait, d'après certains Japonais, un excellent tonique cardiaque).
De tous mes pique-niques et festins, le shoyu m'est aussi essentiel qu'autrefois la béchamel pour ma mère. Jamais sans ma fiole !
Je suis ainsi passée du blanc au noir, de l'onctueux au liquide, de la béchamel au shoyu et j'admets sans états d'âme que la capitale gastronomique mondiale n'est plus lyonnaise puisqu'elle s'est déplacée vers l'est, attirée par les saveurs coquines de l'Extrême Orient.
Je ne m'en plains pas. Je ne me lasse pas de regarder Akiko, mon amie japonaise, cuisiner algues et légumes croquants, tailler de jolis sashimis tout propres dans des poissons nacrés qu'elle épice de mixtures de science-fiction (pelures de poissons, soja lyophilisé, chips de crevettes, pommade de gingembre en tube) et, surtout, je me régale sans modération de yakitoris, tempuras, shitakés et haricots rouges accompagnés de bizarreries. Le gingembre rose au vinaigre fait partie de mes péchés capitaux. Le hors d'oeuvre de tofu frais assaisonné de poisson séché et de gingembre râpé a remplacé charcuterie et bouchées à la reine dans mon panthéon des gourmandises où les divinités vietnamiennes, thaïlandaises, cantonaises prennent de plus en plus de place, et je veux bien donner toutes les béchamels du monde pour la citronnelle fraîche, le safran, le tandoori, les poissons en feuilles de bananier ou les crevettes en coriandre.
Mon goût pour les bonnes choses est comme moi. Il aime voyager."

Il est des voix que j'aime écouter me parler cuisine, saveurs et gourmandises à la radio. C'est le cas de celle de Renée Elkaïm-Bollinger sur France Culture. C'est le cas, également, de celle de Kriss sur France Inter. (Elles parlent toutes les deux le dimanche à midi mais, grâce à internet, on n'a pas besoin de choisir !).
Ce sont des voix gourmandes dans lesquelles on peut entendre le croustillant d'un morceau de pain, la légèreté fondante d'une mousse au chocolat, le moelleux d'un gâteau aux pommes.

Ma voix n'est pas de celles-là. Ordinaire et plus sèche.
Mais je vis que ma lecture avait réjoui ses papilles. Curieuse et gourmande, elle me demanda ce qu'était ce livre. Et elle rit quand elle comprit pourquoi je relisais avec insistance "Je ne me lasse pas de regarder Akiko, mon amie japonaise, cuisiner algues et légumes croquants"...
Je promis de lui prêter le livre de Chantal Pelletier : Voyages en gourmandise, ce livre qui rentre si bien dans la poche et se savoure en mangeant ou bien se picore entre deux repas...

Dimanche 11 février, Chantal est dans l'émission de Kriss, de midi à 13H. Elle y parlera de ce livre dans lequel, au détour des pages, il est question d'Akiko. Et peut-être que Mélanie -avec qui je passe tellement de temps à parler cuisine- écoutera l'émission, en attendant de lire le livre.
La cuisine est souvent une histoire d'amitié. La littérature et la radio aussi ! Ce dimanche midi sera un condensé d'amitié !

5 commentaires:

Elise a dit…

Ce texte que tu as lu me rappelle deux livres que j'aime :
- "Le bonheur de faire l'amour dans sa cuisine et vice-versa" d'Irène Frain
- "Le livre de cuisine de la Série Noire" Arlette Lauterbach et Alain Raybaud

L'un me dit pourquoi j'aime tant faire la cuisine, l'autre comment la faire.
Les connais-tu?

G. a dit…

Je connais le 2ème mais pas du tout le 1er dont le titre est alléchant !!!!
Et si tu aimes la Série noire, tu connais les polars de Chantal qui y sont publiés ????

Elise a dit…

Je ne connais pas les polars de Chantal, mais l'ouvrage dont tu parles "Voyages en gourmandise" me plairait j'en suis sûre!

Je vais faire un tour à ma librairie préférée de ce pas!

Anonyme a dit…

"A TABLE ... A TABLE LES ENFANTS ... "

Demain Dimanche, j'aurai l'impression d'être au Japon ; merci de nous faire voyager un peu tous les jours chère amie !

Pays de Neige

G. a dit…

"quand est-ce qu'on mange ?"
Pour être vraiment au Japon, il faudrait écouter l'émission à 20H !
Merci de laisser à nouveau ici tes mots amis, Pays de neige...