27.2.07

Tuesday self portrait

Il est étrange d’emballer sa vie dans des cartons, de les clore par du gros scotch marron et de n’avoir –comme unique certitude- que l’assurance que, quel que soit le jour où on les ouvrira, ça ne sera pas pour les disperser à nouveau entre les murs de cette maison.
J’ai quitté mon pays avec une valise et un billet d’avion sans retour.
Je ne suis pas partie en voyage.

Cela n’a rien d’aisé de choisir, parmi ce qu’on recouvre de papier journal, ce qu’on entasse, quelques bribes de son passé en prévision d’un avenir inconnu (mais n’est-ce pas le propre du futur, d’être toujours méconnu et plein de surprise ?).
Quelques objets qui seront dans la soute, au voyage parallèle à mes 12 heures d’insomnie.

Comment savoir à l’avance ce qui nous fera défaut ?
Je me suis, alors, résolue à une vie légère, connaissant suffisamment ma mémoire pour savoir que ma vie passée y est aussi bien consignée que dans n’importe quel carnet, n’importe quel album photo.

Dans la valise, il y avait, entre les pantalons et les chaussures, quelques pages, quelques livres amis. Quelques notes, quelques disques parmi les essentiels.
Et une boîte de photos.

Les derniers clichés de l’été : mes cheveux bleus dans la chaleur du jardin d’Orléans.
Les mèches rouges de Clémence. La robe à bretelles de Chloé. Robin intermittent, entre deux plongeons dans la piscine. Les cris de Louise et Lélio suspendus à la roulette « Goline, regaaaaarde ! ». Les yeux bleus et paisibles du petit Carol. La photo des trois frangines. Comment ont-ils fait ça, nos parents ? A 3 ans d’intervalle, 3 fois la même voix. La même fille avec quelques variantes « et si on essayait en blond, cette fois ?! ». Le sourire de Maman, ses boucles que quelqu’un d’autre que moi coupera –mais pas trop souvent. Papa qui mime la concentration, derrière ses cartes –perdantes, sans doute ! Puis la photo des 3 beaux-frères qui jouent le martyre de St Sébastien.

J’aurais pu les y laisser, ces dernières photos du sol français : à l’instant où j’appuyais sur le déclencheur, elles étaient déjà dans mon cœur.

Me décider pour quelques autres. Des portraits du chat gris. Des polaroïds « goûte mes frites » d’un 19 février à Stella Plage. Et quelques auto-portraits.

Plusieurs de mes amis s’étaient reconnus sans aucune hésitation dans celui-là.
Au point que je l’ai appelé « l’auto-portrait de tout le monde ».
En le glissant dans mes bagages, je me suis dit que, peut-être, dans cet autre bout du monde où je le transportais, d’autres personnes y verraient, elles aussi, quelque chose d’elles-mêmes.

10 commentaires:

Anonyme a dit…

tu vois, voiz, c'est pas que je veux pas laisser de commentaires sur ton blog, c'est pas non plus que je lis pas ton blog, c'est que, quand je lis des choses comme ça, je ne sais plus quoi dire...
Je suis devant l'écran, je respire, je suis vivante, mais je m'interromps...je ne suis plus en communication.
Tout commentaire que je pourrais faire me semble d'un banal affligeant, je préfère rester là, continuer de rêver de Tokyo, des promenades...
Mais aujourd'hui, j'ai pris mon courage à deux mains pour écrire des banalités affligeantes, manière de marquer mon passage éphemère sur ah,ittentorimashitane...
PS: Michael de 14 à 17 pas encore mais bientôt grâce à mon collège du cours de "djapsonais"!!!

okayama a dit…

avec des lunettes ça pourrait être moi...

aelle a dit…

Ca alors! Je l'ai vue un certain temps, cette photo, dans un couloir tapissé de papier kraft, et j'ai toujours cru que c'etait un autoportrait de E!

missize cat a dit…

comme je t'envie, moi qui m'alourdis de jour en jour, voulant tout garder comme un petit trésor, passage de nous, ici ! mais ce n'est pas si grave l'essentiel étant de savoir profiter du moment présent... et lacher prise !

Anonyme a dit…

Je me disais étrange aussi, ce retour de la mémoire à ces cartons-là...parce qu'il y a ceux qui s'accumulent, l'air de rien, à chaque jour qui creuse nos relations avec l'autre monde, celui-ci, qui devient aussi un peu nous-même...mais peut-être, l'impression d'avoir les mains vides entre deux mondes. La peur qu'il ne reste plus finalement un seul carton à prendre, un seul qui soit vraiment nécessaire. Seulement soi, étrangement nu. Peut-être.

BertranD a dit…

Très beau texte qui fait un échos des plus pertinent avec celui écrit à l'encre lu hier sur du vrai papier.
Ton cliché, ce n'est pas son universalité qui me frappe le plus (j'aime beaucoup le titre que tu lui a donné), mais son intemporalité...
Magnifique parce que déstabilisant.

glam a dit…

C'est vrai que c'est un écho! La profondeur du regard est une chose magique. Celui-ci est presque de l'ordre du trou noir, c'est peut être pour cela que tout le monde s'y retrouve un peu...

raphael a dit…

"J’ai quitté mon pays avec une valise et un billet d’avion sans retour.
Je ne suis pas partie en voyage.
"

Pourquoi ? Quête, fuite, accomplissement personnel, ... ?

elsia a dit…

tout-le-monde, tous les gens et tous les lieux, on se promène, dans les êtres et les places alors, soi comme seul bagage, mais avec une petite étiquette "fragile" autour du coup, parce que ça, c'est du vraiment vrai, le reste peut partir dans les cartons, je me suis surprise à dire à mon père qui vidait un mois avant mon départ une partie de l'appartement déjà (micro-onde, grille-pain, table, chaises mais surtout 2/3 des disques, 2/3 des livres), je me suis surprise à dire, 'c'est pas grave, que ça tombe ou quoi, c'est pas grave au fond' et le choix a été facile au fond, de choisir quoi garder, pas grand chose, juste assez, et j'ai encore trop, beaucoup trop...

odilon a dit…

cet oeil c'est le tien .
je le retrouve des fois dans le regard de Lélio ! je lui dis "tu fais ta Goline !"