6.1.07

Je voudrais vivre dans un oeuf


R. s'était mis en tête d'apprendre le Bateau Ivre de Rimbaud.
Seulement, si ce projet lui restait en mémoire, les vers, eux, s'échappaient au fur et à mesure.
Il décida alors de prendre des extraits de ginko biloba, réputés pour favoriser la mémoire.
Et il put se souvenir du Bateau Ivre.
Mais pas seulement.
Il put se souvenir de tout.
Des conversations qu'il avait entendues dans le métro, à la boulangerie. Des slogans des affiches publicitaires. De la couleur du pull du client le précédant à la caisse. Du numéro du bus qu'une femme qui courait n'avait pas réussi à attraper.
Il devint saoul de souvenirs. Arrêta le ginko biloba. Et oublia le poème de Rimbaud.

Le samedi matin, notre institutrice affichait sur le tableau une peinture abstraite que son mari avait réalisée. Nous écrivions, de manière totalement libre, tout ce qu'elle nous inspirait. C'était les moments que je préférais de toute la semaine.
Le jour où nous étions allés visiter la boulangerie à la Bolière, j'étais rentrée chez moi avec une baguette. Parce que nous n'en mangions jamais à la maison. Ma mère avait dit : "tu aurais pu choisir un pain au lait".
Nous avions fait pousser des patates douces.
J'avais appris que l'eau bouillait à 100° à la faveur d'un exercice de français.
Laurent était amoureux de Cécile, pas de moi.

Je me souviens de beaucoup de choses de l'école primaire.
Mais je n'ai pas la moindre idée de ce que, à cette époque, j'ai appris en histoire, en géographie...

J'ai une mémoire aléatoire. La tête emplie de ce qui, jamais, n'est utile.

Aujourd'hui, samedi de pluie. Je m'éveille bien avant que vibre mon téléphone. Je voudrais rester ainsi, sous ma couette, dans cet état particulier des minutes offertes parce qu'on n'est pas encore sensé y vivre, parce qu'on devrait encore être en train de dormir. Et ces instants sont plus précieux que le sommeil.

Je voudrais vivre dans un oeuf.

C'est souvent, lorsque, par avance, la journée me décourage, que me reviennent ces mots.
Le titre d'un poème appris à l'école primaire.

Je me souviens du dessin dont je l'ai illustré, sur mon cahier de poésie.
Je me souviens de l'élève dont je partageais la table, ce jour-là.
C'était juste après la récréation que nous avions recopié le poème et je me souviens de l'odeur de la classe quand on y pénétrait après la pause.

Mais je ne me souviens ni du nom de l'auteur, ni d'aucun autre vers que celui qui revenait comme un refrain :

JE VOUDRAIS VIVRE DANS UN OEUF.

11 commentaires:

Anonyme a dit…

dans un oeuf? non
des cieux bleus comme ça (le 5), il y en avait tous les jours ...à Montréal en janvier, février....

raphael a dit…

Magie des jours où on n'a pas d'obligations ... s'accorder le petit plaisir, devenu trop rare, de pouvoir prendre du temps pour soi ...

Mystères de la mémoire ... il m'arrive d'avoir quelques flashs évanescents... parfois au contraire des souvenirs que je pense très précis de certains moments... et des trous, beaucoup, trop à mon gout !

Vivre dans un oeuf ? ... pourquoi pas s'il a la taille d'un univers ... Mais tu parles d'un cocon, d'une petite bulle protectrice, bien au chaud, confortablement installée ...

Profite bien
Bonne journée

G. a dit…

Raphaël... justement, ce vers me revient quand je ne peux pas être dans un cocon, confortablement installée et que, au contraire, la vie m'oblige à autre chose ces jours là... Il n'y avait pas grand chose dont je pouvais profiter aujourd'hui... Si ce n'est ces quelques rares minutes grapillées sur le temps de sommeil...

Anonyme a dit…

Sans le filtre de chère Gwen, "Japon" ne serait pas un nom commun : il serait ce lieu d'ailleurs complètement extrême orient et mille occidents, ce machin fou qui tue et te bouffe, "belles endormies" ...

Non, Gwen au Japon ne rêvent plus du Shinto, du Zen Soto, du manga trick, de ce petit océan toujours pacifique que moi je lis sur des cartes et que toi tu touches de tes doigts ...

L'amie chère, comme nous, rêve à 10000 de petits cocons kokoro.

J'aime le regard de ce back blog qui même à Nagoya ne s'oblige pas d'être tous yeux dehors : c'est écris non ? Setonaikai - mèr-e intérieure ...

Continue de nous faire rêver chère amie, Setonaikai ...

Pays de Neige

G. a dit…

Pays de neige : tu visites ces lieux pendant mon sommeil... j'aime bien quand, au réveil de l'ordinateur.. il reste quelques empreintes...

Anonyme a dit…

Pareillement, j'ai découvert ton oeuf à mon réveil ; c'était la Paque le jour de l'Epiphanie !

C'est vrai ça : y a-t-il des petites galettes au Japon ? il faut bien les partager les feves en hiver non ?

Pays de Neige

G. a dit…

oui, il y a des galettes mais moi, j'ai mangé de la soupe aux champignons, c'est bon aussi !!!!

Anonyme a dit…

Je voudrais vivre dans un oeuf
Tout chaud, tout pondu de la veille
Dans le blanc des neiges éternelles
Et dans le jaune du soleil
Sous la coquille des merveilles
....
Je voudrais vivre dans un oeuf
Et me liquéfier comme du miel
Dans un univers parallèle
parallèle
parallèle
para...trop tard

Voici les seuls vers que ma mémoire a conservés, depuis la trentaine d'années qui me sépare de cette journée ou moi aussi j'ai appris ce poëme.
Je cherche depuis, en vain, à le retrouver, et c'est ce qui m' amené jusqu'ici.

Bonne journée...
dans un oeuf?

Tof

G. a dit…

GENIAL !!!!
Merci, merci, au moins pour ces bribes ! Ca fait un drôle d'effet de les relire (mais ça ne fait pas revenir le reste, hélas !)...
Merci aussi d'écrire, un jour, la suite ici, si vous la trouvez quelque part !

Anonyme a dit…

Je me mets donc en quête des vers qui nous manquent, désormais avec grand sérieux et grand espoir, puisque je ne me sens plus seul au monde à les chercher.
Et par là même, vous avez la promesse que je reviendrai...
amicalement
tof

Anonyme a dit…

merci!!!!!!!
g retrouvé grace à vous quelques phrases de ce poeme qui a marqué mon école primaire!! Me rappelant de l'horrible oeuf que j'avais dessiné sur mon cahier de poésie de CM2 lol g voulu retrouver cett poésie!!! ces quelques vers m'ont suffit pr replonger ds la mélodie si particulière de cett poésie..alors un simple merci!!!