24.8.07

La maison des reves


Dans la maison au toit rouge, je vis recluse.
Mais il y a des prisons moins douces.
Ici, le cuisinier est un ami et je voudrais ne jamais voir se vider mon assiette.

ici, la maîtresse des lieux a les yeux et le rire clairs. Elle m'apprend comment dire "une personne intègre" (dekibutsu) et je pourrais utiliser ce mot pour parler d'elle.

Ici, c'est la forêt -ses vipères, ses pièges et ses sentiers pentus- qui a la clef de ma geôle.

Mais, en échange de ma liberté, elle m'offre des réveils magnifiques, des couchers de soleil magiques.

Ici, on a droit aux visites et Kazuko San installe sa bonne humeur et son exhubérance le temps d'une soirée.
Pour répondre à sa -difficile- question : "Qu'avez-vous préféré au Japon en deux ans ?", je choisis ce jour-là.
Mais, en deux ans, j'ai vécu tellement de moments parfaits au Japon...
J'aurais pu répondre aussi : un poisson à Sugamo, le reflet d'un temple, un jeudi bleu, une rivière découverte...
J'aurais pu répondre aussi : le thé Assam que, le matin même, j'avais bu sur le balcon.

Dans la maison au toit rouge, la montagne veille sur mon sommeil et, au réveil, je me souviens enfin de mes rêves.

4 commentaires:

elsia a dit…

c'est étrange comme les souvenirs des autres, en l'occurence les tiens, peuvent devenir les siens, en l'occurence les miens... comme c'est involontaire, un tiroir pleins d'images que l'on aurait pas pris mais dont on sait qui c'est
j'envie les gens qui se souviennent de leurs rêves, un garçon qui est parti m'avait dit qu'il suffisait de le décider, je crois que c'est comme le téléphone portable, je ne me déciderai jamais à décider, et poursuivrai mes nuits où les rêves ne font que passer, je ne me souviens que d'un rêve, toujours le même, depuis toujours, je sais quand il revient, parfois je me lève el matin et brandit un rêve comme un fanion : écoute ! je me souviens ! mais il s'en va déjà et je reste poisson hors de l'eau face un public habitué de ces annonces sans suite
mais je me demande toujours dans un coin : c'est comment la vie à rêves ?, comme on peut se demander parfois : c'est comment la vie de 10/10 aux deux yeux ?, en sachant pourtant qu'on ne pourra jamais savoir et que c'est bien aussi comme ça

Gwen a dit…

Elsia, comme j'ai connu la vie à rêves, j'ai connu la vie de 10/10 aux deux yeux.

Je n'étais pas à envier quand je vivais tout en double, dans mes rêves. La même chose la nuit que le jour. La même vie. Parfois en pire. Parfois, mes rêves engluaient mes journées, déformaient mes intuitions. Ils n'étaient pas de bon conseil.

Me souvenir de mes rêves dans cette maison, c'était étrange parce que ça arrivait juste après que j'avais écrit, dans la colonne de gauche, juste après que j'avais dit à E. : tu sais, depuis un an, je ne me suis souvenue que de trois rêves - et il y en a un dont je n'aurais pas voulu me réveiller tellement il était vrai et doux. Me réveiller, c'était un peu comme devoir raccrocher mon téléphone après une conversation coupée sans avoir pu dire au revoir...

Et il savait, E., à quel point, à un moment, j'aurais aimé dormir sans rêve. Juste dormir. Pouvoir me reposer de moi-même.

Vis ta vie, Elsia, ce sont d'autres fanions que tu as à brandir. Pas des rêves mais des victoires et c'est bien mieux.

Quant aux yeux... 13 ans que je suis myope et je ne me suis jamais habituée.
Mais, quand j'avais 10/10, je n'avais pas les yeux bleus...
D'ailleurs, c'est au même moment que j'ai commencé aussi à avoir des cheveux blancs. Et c'est étrange, ça aussi, de le réaliser.

sigmund freud a dit…

je vois que l'on a besoin de moi....

Anonyme a dit…

Elle avait retrouvée ces montagnes en forme de bouche, celle d'un vieux volcan refroidi par la mer.

Pays de Neige.